Archives de octobre, 2015

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C’est encore une bien belle affiche que nous proposait Braincrushing vendredi dernier à l’Emporium Galorium. En effet, Grey Widow (Brighton, UK) et Sons of Tonatiuh (Atlanta, US) nous ont fait l’honneur de faire un petit crochet par Rouen lors de leur tournée européenne. Au programme : du Sludge, du Doom, et même quelques pincées de Punk, le tout à un volume très très élevé. Je tiens d’ailleurs à préciser que les deux groupes ont réalisé un split, que vous pouvez retrouver ici.

Malheureusement, Ruines (Post-Black / Sludge, Tours) n’était pas de la partie comme il était prévu initialement, suite au braquage de leur van. On espère tout de même avoir l’occasion de les voir prochainement dans nos froides contrées normandes.

On chausse ses boules Quies, obligatoires, au risque de laisser nos tympans et éventuellement quelques miettes de cervelle sur les murs déjà peu ragoûtants de la cave du bar, on prend un Kinder et quelques bonbons pour la route (vous a t-on déjà dit que monsieur Braincrishing, a.k.a. Jordan, offre à chaque concert de quoi ne pas finir sourd et des sucreries ? Vous savez ce que ça veut dire pour un béhavioriste ?), et on y va.

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Setlist : X, III, Obey, VIII, IX

Grey Widow s’installe. On peut lire que le groupe s’est formé sur les cendres de Dopefight (Sludge), Parole (Sludge / Crust / Doom) et The Ergon Carousel (Punk / Noise Rock / Grind / Tralala). Les musiciens n’en sont donc pas à leur premier coup d’essai dans le genre, à savoir le Sludge / Doom. Je jette rapidement un œil à leur page Facebook : « Nihilistic Putrid Fuckin Hatred », clame leur photo de couverture. Ma curiosité est à son maximum. D’entrée, on s’attend à un son gras et à une avalanche de parpaings.

Les premières secondes du set s’apparentent à un ras de marée. Le groupe joue si fort que le son, presque palpable, nous heurte de plein fouet. Lorsque le bassiste (face à son ampli, dos au public la grande majorité du temps, pour un maximum de Drone) frôle les cordes de son instrument, c’est le public qu’il vient frapper à coup de poing dans la mâchoire. Il faudra un léger temps d’adaptation avant de se familiariser avec les sensations physiques engendrées par la musique et réussir à aller outre cette impression d’avoir perdu tous ses repères. Et par on ne sait quelle prouesse technique, malgré un tel amont de décibels, on distingue parfaitement la voix et chaque instrument.

Alors que les musiciens sont installés bien tranquillement sur scène, le chanteur, duquel émane une certaine froideur (alors qu’en réalité, il s’avère être quelqu’un de très sympathique !), est au plus près du public. Le chant est assez classique et ne se différencie par de ce que l’on peut entendre habituellement dans le genre. Toutefois, celui-ci est propre et bien maîtrisé. On en demande pas plus. La voix principale est d’ailleurs soutenue par celle du guitariste, qui assure les backing vocals. Alors qu’en studio, la combinaison des deux voix peut parfois sembler un peu étrange, le rendu live, quant à lui, est plutôt intéressant, et donne du relief à l’ensemble.

Le son de la guitare ainsi que ce fond très drone créé par la basse ne sont pas sans nous rappeler Sunn O))). Parce que Grey Widow, c’est aussi l’art et la manière de donner à ses compositions Sludge / Doom ce je ne sais quoi de bruitiste qui nous captive. Malgré tout, le groupe a su placer des passages plus mélodiques, permettant aux non adeptes des longueurs d’onde venant du fin fond des abysses d’y trouver leur compte.

Le temps passe à une vitesse vertigineuse, et le set se termine comme il a commencé, poisseux, suintant la haine. Le public est conquis, même si les âmes les plus sensibles ont dû quitter la salle en cours de route. Avouons que c’était une sacrée expérience. C’est donc un sans faute pour Grey Widow !

Le changement de plateau se fait en deux temps trois mouvements. Rapidement, les américains de Son of Tonatiuh prennent les commandes. On change d’ambiance, mais pas radicalement non plus : mettez le drone et la haine au placard, faites place aux gros riffs et aux rythmiques punks sur fond de Sludge.

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Si ce papier traîne depuis des jours, c’est à cause de mon incapacité à écrire quelque chose pouvant rendre honneur à la musique de SoT. En effet, sur le moment, j’ai aimé leur prestation, les morceaux joués pendant le set, le jeu de scène, la manière qu’avait le bassiste de faire sonner ses cordes, le mélange de la voix lead (cependant bien trop basse par rapport aux instruments pour que l’on puisse l’apprécier à sa juste valeur) et des backing vocals qui se mariaient à la perfection, la batterie très punk, rendant l’ensemble plus sautillant qu’écrasant, comme on peut s’y attend habituellement dans le Sludge…

Mais paradoxalement, je ne peux pas dire que ce show m’ait marqué. Habituellement, on aurait tendance à reprocher aux concerts organisés par Braincrushing de faire traîner les changements de plateau, mais, cette fois, celui-ci a pu nous paraître trop court . Ayant encore la tête embuée et le cœur remué par la musique de Grey Widow, un temps de latence un peu plus long aurait été appréciable (mais cela n’était pas faisable à cause de certaines contraintes horaires). Je vais donc m’arrêter ici, ne pas m’étendre en blabla inutiles et te conseiller fortement d’aller jeter une oreille à leur musique.

On vous donne rendez-vous prochainement pour la chronique de l’album de Grey Widow !

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Du 10 septembre au 19 octobre à la Maison de l’Université (Campus de Mont-Saint-Aignan), vous pourrez venir admirer les planches originales de La Favorite, de Matthias Lehmann. A travers des dessins à la plume très vifs desquels émanent une violence inouïe, et des planches déstructurées, mêlant le réel et l’imaginaire à l’échelle d’un enfant de 10 ans, l’auteur aborde les questions de maltraitance, d’alcoolisme, de maladie mentale, et de genre. L’ambiance paisible, très lumineuse de la pièce d’exposition ne fait que renforcer la noirceur et le malaise qui se dégagent des planches encadrées sur les quatre murs blancs.

Une fois toutes les planches parcourues, une question reste en suspens (il vous suffira de lire intégralement la BD pour avoir une réponse) : d’où vient le sadisme de la grand-mère ?

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Matthias Lehmann, auteur de BD et illustrateur a fait ses premiers pas au lycée en éditant des fanzines autoproduits à la linogravure. Maintenant présent à la cité internationale de la BD et à la maison des auteurs à Angoulême, il a su se faire un nom au fil des années.

La Favorite, c’est l’histoire de Constance, un petit garçon, travesti depuis toujours par sa grand-mère maltraitante qui l’élève depuis la disparition de ses parents. Coincé entre l’alcoolisme de son pépé, et le sadisme de sa mémé, l’enfant tente de grandir et de son construire du mieux qu’il peut

Jusqu’au jour où un couple de gardiens et leurs deux enfants viennent s’installer, bouleversant la situation. L’auteur aborde ici les questions de découverte de soi à travers l’autre et à travers le corps.

Il y a quelques jours, dans la cave du Gibier de Potence, on découvrait Hush Frequency, trio parisien mêlant habilement Post-Rock et Math Rock (vous pouvez retrouver le live report ici ). Il est maintenant temps de découvrir leur EP, au son bien différent du rendu live, mais pas moins intéressant pour autant.

Cet EP a été enregistré à La Sirène en avril 2014, mixé par Thibaud Carter et masterisé par Olivier Mantel. L’artwork est quant à lui l’œuvre d’Emmanuel Colomb.

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Bien que le Post-Rock soit un genre dans lequel très peu de groupes peuvent être définis comme réellement mauvais ou sans intérêt, il n’est pas rare de retrouver un certain nombre de clones reproduisant presque à l’identique l’œuvre des plus influents du genre tels que God is an Astronaut, If These Trees Could Talk, Mogwai, ou encore Explosions in the Sky. Hush Frequency, bien que ne s’éloignant pas des sentiers battus, a tout de même réussi à tirer son épingle du jeu et à créer un son qui lui est propre.

La recette est simple : des morceaux relativement courts, mais efficaces et sans superflu, des compositions riches et une tracklist agencée judicieusement, de manière à donner un sens à l’EP dans son intégralité.

Lowers est entêtant, presque sensuel, nous enveloppant de son aura dès les première notes. La batterie sert de fil conducteur, tandis que la guitare et la basse évoluent tout au long du morceau, nous offrant de nombreuses variations, et gagnant en richesse au fil des minutes. La seconde partie du morceau est plus percutante, tous les instruments s’emballent, nous transportent et nous transcendent. Bref, du post-rock assez conventionnel, mais on ne peut plus efficace.

Puis vient le doux-amer Bye Bye See You, dont l’introduction presque agressive n’est pas sans nous rappeler Myxomatosis de Radiohead. C’est un morceau ambivalent, jouant avec les sentiments de l’auditeur. En effet, on alterne les plages légères, presque sautillantes, et les plages plus graves. Fatalement, on reste admiratif face à la composition, à l’image du groupe, sans prétention, mais avec juste ce qu’il faut pour rendre l’ensemble original. Cette fois-ci, ce n’est plus la batterie mais la guitare qui nous guide à travers ce flot musical.

Et c’est au tour de Le Noble, qui arrive comme une conclusion. C’est au tour de la basse d’avoir le rôle de leader. Ce morceau, plus percutant, fait appel à un large panel d’émotions négatives, comme un exutoire. Mais finalement, on en ressort indemne, presque soulagé.

Plus globalement, la batterie pourra sembler un peu forte et un peu trop mise en avant selon certaines oreilles, d’autre la considéreront comme donnant une profondeur intéressante aux morceaux. A la fin de l’EP, on garde en bouche un goût sucré, et c’est tout naturellement que l’on presse une nouvelle fois le bouton lecture, en espérant que le groupe nous offre prochainement quelques titres de plus.

 Facebook

Pour sa rentrée, l’Oreille qui Traîne, Emergence et Postghost nous offraient un concert aux allures plutôt atypiques : un dimanche après midi (16h30 – 20h), avec les petits gâteaux (et le P.A.F.) à prix libre, des petites tables autour desquelles s’asseoir, des enfants qui dansent dans le public et surtout, des groupes absolument abracadabrantesques.

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On commence avec les lillois de Prolapsus et leur « Impronoisefree ». Je me permet de reprendre la magnifique description du groupe que l’on retrouve sur l’événement Facebook : «Y’a rien à écouter et n’allez pas taper ce nom dans un moteur de recherche vous allez regretter. Surtout les images ». Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, ça me vend déjà du rêve.

Pour résumer, nous avons ici un sample, une trompette, un clavier, une basse agressive, jouée classiquement, avec un archer ou encore une paire de ciseaux, et un trombone à coulisse, qui a une place centrale sur scène. Et de temps en temps, le tout est agrémenté par les voix de trois messieurs, qui ne font qu’accentuer ce cirque rocambolesque. En effet, le groupe nous transporte dans une ambiance malsaine, dans la tête d’un fou qui prendrait plaisir à se replier dans son monde intérieur empli de sentiments contradictoires. La claviériste semble être le seul élément stable, du moins, de visu, si on fait abstraction de quelques passages plus conventionnels disséminés à quelques endroits stratégiques du set, comme un rempart qui apparaît devant nous mais que l’on n’attendait plus. Alors on tente de s’y raccrocher quand les choses dégénèrent, mais en vain. La musique reprend naturellement ses droits et vient court-circuiter nos neurones les uns après les autres. Certains verront dans Prolapsus un délire de musiciens camés jusqu’aux oreilles, alors qu’en réalité, ce genre d’exercice exige une bonne maîtrise de son instrument, mais aussi un sens de la dynamique de groupe assez incroyable. En ce qui me concerne, ce fut mon gros coup de cœur de la soirée (ou devrais-je dire, de l’après-midi).

On mange une part de gâteau à la banane, et PaVé, « le duo à 4 » prend le contrôle de la scène avec ses chemises à fleurs et ses lunettes en forme de cœur. La formation est un peu plus classique : une guitare, une basse, une batterie… et une flûte traversière qui, clairement, donne au groupe son identité (la flûtiste sera cependant absente sur deux morceaux, composés à l’époque où le groupe n’étais qu’un trio). Le groupe a su mélanger différents styles et influences qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres (prog, punk, psyché, ska, metal…) tout en gardant un ensemble cohérent. Forcément, on admire la performance Ça bouge sur scène, le batteur bondit sur son siège et finira par faire tomber la chemise, le public suit le mouvement et s’abandonne à quelques pas de danse, tout le monde passe un bon moment. En ce qui concerne le jeu en lui-même, il n’y a pas grand chose à noter, si ce n’est que chacun semble à l’aise avec son instrument. Tout est propre et bien calé du début à la fin. Un petit régal ! (gardez l’oeil ouvert, la chronique de leur EP arrivera prochainement).

Puis c’est Syntax Error qui clôture le bal, avec son concert d’adieu plein d’émotions. Cette fois-ci, nous avons affaire à un trio guitare / batterie / basse dans lequel chacun des membre est aussi chanteur. Le guitariste est le chanteur lead, mais il est assez rare de n’entendre que lui. Bien souvent, les trois chantent en cœur. De ce fait, la voix semble littéralement fondue dans l’instrumentation.

Bien que ce groupe soit beaucoup plus conventionnel que les deux précédents, on ne tombe pas pour autant dans quelque chose de classique. En effet, les compositions sont parfois déstructurées, et certaines plages instrumentales relativement dissonantes. Le génie de Syntax Error se trouve dans leur capacité à faire de la musique très accessible, qui nous rappellerait presque notre adolescence et tous les groupes plus ou moins honteux que l’on savourait à cette époque, mais qui en fait est plutôt complexe et travaillée.

On se souviendra particulièrement du dernier morceau de leur set : le même thème, répété en boucle de manière plus ou moins identique pendant une dizaine de minutes. Le groupe s’amuse malicieusement avec le public, qui s’attend à ce que le concert se termine à chaque moment de silence. Et ça dure, encore et encore. On y prend goût, on en rit, on ne veut pas que ça s’arrête. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, malheureusement.

Postghost, Emergence, l’Oreille qui Traîne, si vous nous entendez : des dimanches comme ça, on en veut toutes les semaines !