Archives de la catégorie ‘Musique’

Le 5 février prochain, The Fourth is Bearded sortira son tout premier album. Nous avons eu le privilège de recevoir le bébé en avant-première.

Nb : Je parlerai ici de la version CD, sur laquelle figure Winter Sun en Bonus Track. En effet, par soucis de place sur le support, elle n’est pas disponible sur la version vinyle.

tfib

Constat à la première écoute : des morceaux de 10 minutes, de la Delay, des parpaings, des sentiments. Les choses s’annoncent plutôt bien. On remarque aussi que l’album est divisé en deux grandes parties : la première est plutôt massive et énervée alors que la seconde, beaucoup plus atmosphérique, est ponctuée par de longues plages instrumentales typiquement post-rock.

[Teaser : https://vimeo.com/145112320]

Sleepless Night ouvre l’album proprement et efficacement. Assez répétitif et lancinant, on se retrouve immédiatement happé par la musique. On assiste à une superposition d’ambiances : tantôt, ce sont des riffs qui nous explosent au visage, tantôt on se noie sous une avalanche de delay saupoudrée de longs monologues parlés. La structure du morceau n’est pas sans nous faire penser à la manière dont Lost in Kiev structure ses compositions. Quoi qu’il en soit, le ton de l’album est donné : tristesse, souffrance, et autres joyeusetés.

Préparez-vous à sentir votre cœur se serrer et l’angoisse vous envahir. C’est le moment d’écouter His Eyes. Niveau composition, le groupe a joué la carte de la simplicité. En effet, ce morceau ne brille pas pour son originalité. Mais le travail vocal est tel que cela devient vite un détail. Impossible de ne pas être touché par ces intonations, cette voix presque cassante, qui donne une impression de profonde douleur et d’extrême fragilité.

End of an Era, seul morceau de moins de cinq minutes marque la fin de la première partie de l’album dont je parlais précédemment. Ici, The Fourth is Bearded a joué la carte de l’avalanchedeparpaingsdanstaface (oui, en un seul mot, parfaitement). C’est lourd, c’est violent, c’est direct, et ça fait du bien.

Puis vient notre Bonus Track, Winter Sun (le clip est juste au dessus, n’hésite pas à y jeter un coup d’oeil). Des plages instrumentales planantes, des samples, encore des plages instrumentales, un peu de chant pour agrémenter le tout. Je suis très curieuse de découvrir ce morceau en live !

Adixia (incontestablement mon gros coup de cœur de l’album) et Insomnia suivent à peu près le même chemin. L’agencement de la tracklist est judicieuse. En effet, on sent une réelle continuité entre ces trois morceau. De ce fait, difficile d’en écouter un sans avoir envie d’écouter les deux autres.

De manière générale, The Fourth is Bearded maîtrise l’art de créer de longs morceaux durant lesquels on ne s’ennuie pas. L’habile mélange de post-rock et de post-hardcore permet à l’auditeur d’explorer un riche panel d’émotions, bien que l’ambiance générale soit assez sombre. On appréciera particulièrement les longues plages instrumentales qui nous permettent de souffler et de prendre du recul sur ce que la musique nous procure.

On notera tout de même que le chant peut sembler un peu fort sur certains morceaux, notamment sur Sleepless Night, et que la batterie aurait gagné à être mise un peu plus en avant afin d’amplifier le côté massif des compositions axées post-hardcore.

Et si vous vous demandez ce que cela donne en live (Spoiler : ça déchire), vous pourrez retrouver The Fourth is Bearded à l’occasion de leur Release Party le 5 février au Havre, le 6 février à Caen, le 7 février à Paris (en compagnie de MIME que je vous recommande d’aller voir si vous en avez l’occasion) ou encore le 13 février à Rouen.

Vous pouvez retrouver l’album sur leur bandcamp.

Publicités

Grey Widow – I [Sludge/Doom, UK]

Publié: 20 novembre 2015 par Squideleiev dans Chroniques, Musique
Tags:, , , , , , , ,

gw

Track Listing : I (05:24), II (07:40), III (05:56), IV (07:17), V (05:05), VI (09:18), VII (06:49), VIII (09:12)

Release : 14/01/2014

Avant toute chose, laissez-moi vous raconter une petite anecdote. Il y a quelques temps à Rouen, les forains manifestaient suite à la décision prise par la mairie de déplacer la Foire Saint Romain. En ville, on se serait cru en pleine guerre civile : de la fumée, des flammes, les forces de l’ordre à tous les coins de rue, des sirènes qui ne cessaient de résonner dans le lointain, les voitures agglutinées, les piétons curieux, agacés ou apeurés qui se bousculaient… Et moi, comme tous les matins, j’allais tranquillement travailler, le casque vissé solidement sur les oreilles. C’est ainsi que j’ai découvert l’album de Grey Widow pour la première fois. Autant vous dire que le spectacle était parfaitement raccord avec toute la crasse dégoulinante de mes écouteurs.

L’objet physique en lui même est plutôt sobre, mais sympathique. Au niveau des titres, là non plus, pas de superflu : le groupe a opté pour des chiffres romains qui suivent le track listing, ce qui a son côté pratique quand on écoute ses CD dans la voiture ou sur un vieux poste incapable d’afficher autre chose que le numéro de la piste.

Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Grey Widow, c’est du Sludge / Doom poisseux qui colle à la peau et te claque au sol. I, c’est une histoire de haine, de souffrance et de torture. Par mesure de sécurité, les âmes sensibles et les oreilles les plus délicates sont donc priées de se tenir à l’écart.

La première force du groupe, et celle qui fait toute son efficacité, c’est d’avoir réussi à créer quelque chose d’original et bien à lui, sans pour autant chercher à s’éloigner des sentiers battus. Bien que Grey Widow ne réinvente pas le genre, on constate qu’il est assez difficile de lui trouver des points communs avec d’autres artistes jouant dans la même cour. En cherchant bien, on pourra éventuellement voir quelques similitudes avec Thou ou certains titres d’Eyehategod, mais ça s’arrête là. En ce qui concerne les compositions, là non plus, rien de mirobolant, pas de claviers ou d’effets synthétiques à outrance. C’est brut. L’authenticité qui en ressort est d’ailleurs renforcée par le jeu frénétique des musiciens, jouant comme si l’avenir du monde en dépendait.

Toutes les techniques sont bonnes quand il s’agit de rendre une expérience musicale pénible et douloureuse. Dans I, II et III, les riffs sont incisifs, la violence qui s’en dégage est directe, frontale, alors que IV, VI et VIII distillent dans l’atmosphère quelque chose de plus insidieux, qui nous saisit de l’intérieur. L’agencement des pistes a aussi son importance. Au fil des titres, les parpaings s’alourdissent. D’où l’importance d’écouter cet album dans l’ordre (sauf si, évidement, tu veux directement passer aux choses sérieuses sans échauffement. Dans ce cas, je te conseille VII, de préférence à plein volume).

De manière générale, l’enregistrement est propre, même si le mixage fait que, sur certains morceaux, notamment sur IV, les backing vocals se démarquent un peu trop, venant perturber la dynamique du morceau. Quoi qu’il en soit, bien que l’album soit un vrai petit bonheur pour les misanthropes qui aiment regarder le monde avec mépris du haut de leur tour, si vous en avez l’occasion, je vous conseille vivement d’aller les voir en concert (vous pouvez d’ailleurs retrouver le live report de leur concert à L’Emporium sur notre site).

12002238_10205077334592603_5430735939401455161_n

C’est encore une bien belle affiche que nous proposait Braincrushing vendredi dernier à l’Emporium Galorium. En effet, Grey Widow (Brighton, UK) et Sons of Tonatiuh (Atlanta, US) nous ont fait l’honneur de faire un petit crochet par Rouen lors de leur tournée européenne. Au programme : du Sludge, du Doom, et même quelques pincées de Punk, le tout à un volume très très élevé. Je tiens d’ailleurs à préciser que les deux groupes ont réalisé un split, que vous pouvez retrouver ici.

Malheureusement, Ruines (Post-Black / Sludge, Tours) n’était pas de la partie comme il était prévu initialement, suite au braquage de leur van. On espère tout de même avoir l’occasion de les voir prochainement dans nos froides contrées normandes.

On chausse ses boules Quies, obligatoires, au risque de laisser nos tympans et éventuellement quelques miettes de cervelle sur les murs déjà peu ragoûtants de la cave du bar, on prend un Kinder et quelques bonbons pour la route (vous a t-on déjà dit que monsieur Braincrishing, a.k.a. Jordan, offre à chaque concert de quoi ne pas finir sourd et des sucreries ? Vous savez ce que ça veut dire pour un béhavioriste ?), et on y va.

grey

Setlist : X, III, Obey, VIII, IX

Grey Widow s’installe. On peut lire que le groupe s’est formé sur les cendres de Dopefight (Sludge), Parole (Sludge / Crust / Doom) et The Ergon Carousel (Punk / Noise Rock / Grind / Tralala). Les musiciens n’en sont donc pas à leur premier coup d’essai dans le genre, à savoir le Sludge / Doom. Je jette rapidement un œil à leur page Facebook : « Nihilistic Putrid Fuckin Hatred », clame leur photo de couverture. Ma curiosité est à son maximum. D’entrée, on s’attend à un son gras et à une avalanche de parpaings.

Les premières secondes du set s’apparentent à un ras de marée. Le groupe joue si fort que le son, presque palpable, nous heurte de plein fouet. Lorsque le bassiste (face à son ampli, dos au public la grande majorité du temps, pour un maximum de Drone) frôle les cordes de son instrument, c’est le public qu’il vient frapper à coup de poing dans la mâchoire. Il faudra un léger temps d’adaptation avant de se familiariser avec les sensations physiques engendrées par la musique et réussir à aller outre cette impression d’avoir perdu tous ses repères. Et par on ne sait quelle prouesse technique, malgré un tel amont de décibels, on distingue parfaitement la voix et chaque instrument.

Alors que les musiciens sont installés bien tranquillement sur scène, le chanteur, duquel émane une certaine froideur (alors qu’en réalité, il s’avère être quelqu’un de très sympathique !), est au plus près du public. Le chant est assez classique et ne se différencie par de ce que l’on peut entendre habituellement dans le genre. Toutefois, celui-ci est propre et bien maîtrisé. On en demande pas plus. La voix principale est d’ailleurs soutenue par celle du guitariste, qui assure les backing vocals. Alors qu’en studio, la combinaison des deux voix peut parfois sembler un peu étrange, le rendu live, quant à lui, est plutôt intéressant, et donne du relief à l’ensemble.

Le son de la guitare ainsi que ce fond très drone créé par la basse ne sont pas sans nous rappeler Sunn O))). Parce que Grey Widow, c’est aussi l’art et la manière de donner à ses compositions Sludge / Doom ce je ne sais quoi de bruitiste qui nous captive. Malgré tout, le groupe a su placer des passages plus mélodiques, permettant aux non adeptes des longueurs d’onde venant du fin fond des abysses d’y trouver leur compte.

Le temps passe à une vitesse vertigineuse, et le set se termine comme il a commencé, poisseux, suintant la haine. Le public est conquis, même si les âmes les plus sensibles ont dû quitter la salle en cours de route. Avouons que c’était une sacrée expérience. C’est donc un sans faute pour Grey Widow !

Le changement de plateau se fait en deux temps trois mouvements. Rapidement, les américains de Son of Tonatiuh prennent les commandes. On change d’ambiance, mais pas radicalement non plus : mettez le drone et la haine au placard, faites place aux gros riffs et aux rythmiques punks sur fond de Sludge.

n

Si ce papier traîne depuis des jours, c’est à cause de mon incapacité à écrire quelque chose pouvant rendre honneur à la musique de SoT. En effet, sur le moment, j’ai aimé leur prestation, les morceaux joués pendant le set, le jeu de scène, la manière qu’avait le bassiste de faire sonner ses cordes, le mélange de la voix lead (cependant bien trop basse par rapport aux instruments pour que l’on puisse l’apprécier à sa juste valeur) et des backing vocals qui se mariaient à la perfection, la batterie très punk, rendant l’ensemble plus sautillant qu’écrasant, comme on peut s’y attend habituellement dans le Sludge…

Mais paradoxalement, je ne peux pas dire que ce show m’ait marqué. Habituellement, on aurait tendance à reprocher aux concerts organisés par Braincrushing de faire traîner les changements de plateau, mais, cette fois, celui-ci a pu nous paraître trop court . Ayant encore la tête embuée et le cœur remué par la musique de Grey Widow, un temps de latence un peu plus long aurait été appréciable (mais cela n’était pas faisable à cause de certaines contraintes horaires). Je vais donc m’arrêter ici, ne pas m’étendre en blabla inutiles et te conseiller fortement d’aller jeter une oreille à leur musique.

On vous donne rendez-vous prochainement pour la chronique de l’album de Grey Widow !

Il y a quelques jours, dans la cave du Gibier de Potence, on découvrait Hush Frequency, trio parisien mêlant habilement Post-Rock et Math Rock (vous pouvez retrouver le live report ici ). Il est maintenant temps de découvrir leur EP, au son bien différent du rendu live, mais pas moins intéressant pour autant.

Cet EP a été enregistré à La Sirène en avril 2014, mixé par Thibaud Carter et masterisé par Olivier Mantel. L’artwork est quant à lui l’œuvre d’Emmanuel Colomb.

a3847910332_10

Bien que le Post-Rock soit un genre dans lequel très peu de groupes peuvent être définis comme réellement mauvais ou sans intérêt, il n’est pas rare de retrouver un certain nombre de clones reproduisant presque à l’identique l’œuvre des plus influents du genre tels que God is an Astronaut, If These Trees Could Talk, Mogwai, ou encore Explosions in the Sky. Hush Frequency, bien que ne s’éloignant pas des sentiers battus, a tout de même réussi à tirer son épingle du jeu et à créer un son qui lui est propre.

La recette est simple : des morceaux relativement courts, mais efficaces et sans superflu, des compositions riches et une tracklist agencée judicieusement, de manière à donner un sens à l’EP dans son intégralité.

Lowers est entêtant, presque sensuel, nous enveloppant de son aura dès les première notes. La batterie sert de fil conducteur, tandis que la guitare et la basse évoluent tout au long du morceau, nous offrant de nombreuses variations, et gagnant en richesse au fil des minutes. La seconde partie du morceau est plus percutante, tous les instruments s’emballent, nous transportent et nous transcendent. Bref, du post-rock assez conventionnel, mais on ne peut plus efficace.

Puis vient le doux-amer Bye Bye See You, dont l’introduction presque agressive n’est pas sans nous rappeler Myxomatosis de Radiohead. C’est un morceau ambivalent, jouant avec les sentiments de l’auditeur. En effet, on alterne les plages légères, presque sautillantes, et les plages plus graves. Fatalement, on reste admiratif face à la composition, à l’image du groupe, sans prétention, mais avec juste ce qu’il faut pour rendre l’ensemble original. Cette fois-ci, ce n’est plus la batterie mais la guitare qui nous guide à travers ce flot musical.

Et c’est au tour de Le Noble, qui arrive comme une conclusion. C’est au tour de la basse d’avoir le rôle de leader. Ce morceau, plus percutant, fait appel à un large panel d’émotions négatives, comme un exutoire. Mais finalement, on en ressort indemne, presque soulagé.

Plus globalement, la batterie pourra sembler un peu forte et un peu trop mise en avant selon certaines oreilles, d’autre la considéreront comme donnant une profondeur intéressante aux morceaux. A la fin de l’EP, on garde en bouche un goût sucré, et c’est tout naturellement que l’on presse une nouvelle fois le bouton lecture, en espérant que le groupe nous offre prochainement quelques titres de plus.

 Facebook

Pour sa rentrée, l’Oreille qui Traîne, Emergence et Postghost nous offraient un concert aux allures plutôt atypiques : un dimanche après midi (16h30 – 20h), avec les petits gâteaux (et le P.A.F.) à prix libre, des petites tables autour desquelles s’asseoir, des enfants qui dansent dans le public et surtout, des groupes absolument abracadabrantesques.

 g

On commence avec les lillois de Prolapsus et leur « Impronoisefree ». Je me permet de reprendre la magnifique description du groupe que l’on retrouve sur l’événement Facebook : «Y’a rien à écouter et n’allez pas taper ce nom dans un moteur de recherche vous allez regretter. Surtout les images ». Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, ça me vend déjà du rêve.

Pour résumer, nous avons ici un sample, une trompette, un clavier, une basse agressive, jouée classiquement, avec un archer ou encore une paire de ciseaux, et un trombone à coulisse, qui a une place centrale sur scène. Et de temps en temps, le tout est agrémenté par les voix de trois messieurs, qui ne font qu’accentuer ce cirque rocambolesque. En effet, le groupe nous transporte dans une ambiance malsaine, dans la tête d’un fou qui prendrait plaisir à se replier dans son monde intérieur empli de sentiments contradictoires. La claviériste semble être le seul élément stable, du moins, de visu, si on fait abstraction de quelques passages plus conventionnels disséminés à quelques endroits stratégiques du set, comme un rempart qui apparaît devant nous mais que l’on n’attendait plus. Alors on tente de s’y raccrocher quand les choses dégénèrent, mais en vain. La musique reprend naturellement ses droits et vient court-circuiter nos neurones les uns après les autres. Certains verront dans Prolapsus un délire de musiciens camés jusqu’aux oreilles, alors qu’en réalité, ce genre d’exercice exige une bonne maîtrise de son instrument, mais aussi un sens de la dynamique de groupe assez incroyable. En ce qui me concerne, ce fut mon gros coup de cœur de la soirée (ou devrais-je dire, de l’après-midi).

On mange une part de gâteau à la banane, et PaVé, « le duo à 4 » prend le contrôle de la scène avec ses chemises à fleurs et ses lunettes en forme de cœur. La formation est un peu plus classique : une guitare, une basse, une batterie… et une flûte traversière qui, clairement, donne au groupe son identité (la flûtiste sera cependant absente sur deux morceaux, composés à l’époque où le groupe n’étais qu’un trio). Le groupe a su mélanger différents styles et influences qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres (prog, punk, psyché, ska, metal…) tout en gardant un ensemble cohérent. Forcément, on admire la performance Ça bouge sur scène, le batteur bondit sur son siège et finira par faire tomber la chemise, le public suit le mouvement et s’abandonne à quelques pas de danse, tout le monde passe un bon moment. En ce qui concerne le jeu en lui-même, il n’y a pas grand chose à noter, si ce n’est que chacun semble à l’aise avec son instrument. Tout est propre et bien calé du début à la fin. Un petit régal ! (gardez l’oeil ouvert, la chronique de leur EP arrivera prochainement).

Puis c’est Syntax Error qui clôture le bal, avec son concert d’adieu plein d’émotions. Cette fois-ci, nous avons affaire à un trio guitare / batterie / basse dans lequel chacun des membre est aussi chanteur. Le guitariste est le chanteur lead, mais il est assez rare de n’entendre que lui. Bien souvent, les trois chantent en cœur. De ce fait, la voix semble littéralement fondue dans l’instrumentation.

Bien que ce groupe soit beaucoup plus conventionnel que les deux précédents, on ne tombe pas pour autant dans quelque chose de classique. En effet, les compositions sont parfois déstructurées, et certaines plages instrumentales relativement dissonantes. Le génie de Syntax Error se trouve dans leur capacité à faire de la musique très accessible, qui nous rappellerait presque notre adolescence et tous les groupes plus ou moins honteux que l’on savourait à cette époque, mais qui en fait est plutôt complexe et travaillée.

On se souviendra particulièrement du dernier morceau de leur set : le même thème, répété en boucle de manière plus ou moins identique pendant une dizaine de minutes. Le groupe s’amuse malicieusement avec le public, qui s’attend à ce que le concert se termine à chaque moment de silence. Et ça dure, encore et encore. On y prend goût, on en rit, on ne veut pas que ça s’arrête. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, malheureusement.

Postghost, Emergence, l’Oreille qui Traîne, si vous nous entendez : des dimanches comme ça, on en veut toutes les semaines !

affiche

Samedi 12 septembre, pour sa rentrée, Braincrushing organisait un concert placé sous le signe du Post Black Metal français à l’Emporium Gallorium. Au programme, Mutiara Damansara (Caen / Rouen), Déluge (Nancy) et Je (Besançon).

  • Mutiara Damansara [Dream Pop/Black Metal, Caen/Rouen]

Setlist : Annual Winter Depression, All the Boys Love Mandy Lane, Artificial Dim Light, Farewell, Laura Palmer’s Spiritual Brother, Nothing Left

mutiarapouet

Tenta : Mutiara Damansara ouvre la soirée avec un set un peu plus brutal qu’à leur habitude. Suivant le groupe depuis pas mal de temps, je me contenterai de dire qu’on constate un net progrès ces derniers temps en ce qui concerne la présence scénique et la maîtrise des compositions en live. Pour le reste, je laisse Squid et son œil un peu plus objectif vous faire un petit compte rendu.

Squid : Objectif, objectif… Cela reste difficile quand c’est un groupe de potes. On a du mal à se mettre dedans avec un œil professionnel, on note plus les petits à côté (la posture statuesque péteuse d’Ulysse, la chevelure incroyablement soyeuse de Sven Cousin Machin…), mais je vais essayer de faire de mon mieux. Effectivement, pour avoir vu plusieurs concerts de Mutiara dans le passé, ils ont passé la seconde. On retrouve toujours ce côté planant et pailleté, mais l’énergie est là, beaucoup plus concrète. C’est pêchu, ça envoie, ça fait remuer les petits chats. Une évolution qui fait plaisir à voir et promet une dynamique beaucoup plus efficace pour conquérir le public.

 

  • Déluge [Black Metal/Post-Hardcore, Nancy]

Setlist : Bruine, Mélas | Khōlé, Avalanche, Naufrage, Houle

déluge

Tenta : Déluge prend le relais. Au revoir les chevelures soyeuses virevoltantes au gré du vent et la traînée de paillettes laissée dans l’atmosphère par Mutiara. Outre le fait que la musique de Déluge nous inspire bien plus un sludge à la Cult of Luna que du black metal (ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre!), et que leur ingé lumière semble avoir une dent contre les épileptiques (beaucoup de stroboscopes et de spotlights agressifs, mais avouons que ce n’est pas sans faire son petit effet), j’appelle ça une claque monumentale. Je n’avais pas eu un tel coup de cœur en live depuis pas mal de temps. C’était puissant, plombant, et fabuleusement hypnotique. Le public, pourtant bien présent depuis de début de la soirée osait à peine se manifester enter deux morceaux. Le bruit de la pluie et les petits oiseaux en arrière plan offraient quelques secondes de calmes disséminées à des endroits stratégiques du set, renforçant cette impression de se faire littéralement broyer l’optimisme. On notera aussi que leur son n’était pas trop mauvais, et dans une salle comme celle-ci, ça relève de l’exploit. De ce fait, je n’ose pas (du moins, pas encore, ça viendra !) écouter ce que donnent les enregistrements studios, de peur de ne pas retrouver les mêmes sensations qu’en live. Bref, gros coup de cœur de la soirée !

Squid : La mise en scène joue ici un rôle crucial pour la performance. Toujours de dos entre chaque morceau, avec cette ambiance sonore qui sent bon le sel et les embruns, on attend la grosse claque qui nous foutra par terre. Quant aux lumières… J’ai eu du mal, beaucoup de mal. Non pas que c’était mal foutu, au contraire, puisque ça a été hyper efficace pour la grande majorité du public. Mais j’ai les yeux fragiles et les projos en mode « pleins phares dans ta gueule » et les stroboscopes qui ne s’arrêtent jamais, en alternance pendant toute la durée des chansons, ça a fini par me déranger car ça en devenait douloureux pour mes pupilles. Au lieu de profiter des quelques secondes d’ambiance entre les morceaux, je clignais des yeux, je galérais à voir quelque chose, et quand je retrouvais une vue normale, c’était pour me reprendre le spotlight en pleine tronche. Résultat, ça me sortait du concert. Il m’a fallu attendre la moitié du set pour arriver à une habituation qui m’a permis de kiffer malgré l’agressivité des jeux de lumière. Mais cela reste dû à mes yeux de bigleuse qui supportent mal la lumière, qu’elle soit naturelle ou artificielle, et si vous n’avez pas ce genre de sensibilité très chiante, ne vous laissez pas abattre. Musicalement, c’était lourd, poisseux de sel, maîtrisé et ultra-efficace. Comme l’a dit Tenta, personne n’osait bouger à la fin des morceaux, personne n’a applaudi avant la fin du concert. On était pris aux tripes, à la merci du groupe, qui nous a asséné claque après claque. Et le plus beau, c’est qu’on en redemandait.

 

  • Je [Post-Black Metal, Besançon]

Setlist : Homines Humilitas , Ces Cités Fosses Communes, Melpomène, La Transhumance des Mourants, Miasmes de Haine, Un Lac de Souffrance, Cendres de Rêves, Un Royaume de Nuit

11990463_949558691754618_632419848033784364_n

Tenta : Et puis, c’est déjà au tour de Je. Le black est là, mais le post est toujours porté disparu. Corpse paint, vestes à patchs et abondance capillaire sont de mise. Au niveau des instrumentations, pas grand chose à redire. Bien que les compositions n’aient rien d’extraordinaires ou d’innovant, le groupe envoie des riffs efficaces à se décrocher les cervicales, les plages un peu plus mélodiques sont maîtrisées, et les musiciens semblent prendre un réel plaisir à se produire. Le public, déjà bien chaud, apprécie. En revanche, la voix suraiguë du chanteur, qui n’est pas sans vaguement nous rappeler Silencer, peut dérouter, voire même rebuter. On pourra cependant leur reprocher d’en faire un peu trop, voire même de manquer de sincérité. Encore une fois, ce n’est qu’une question de goût, mais le côté visages peinturlurés et scarifications, c’est peut-être un petit peu too much. Surtout quand on prétend faire du post-black.

Squid : Ils ont mis l’ambiance. Voilà une chose d’assurée. Mais la voix, c’était impossible. Vraiment. En plus, je suis du genre à complètement bloquer lorsque je ne supporte pas la voix (sûrement à tort, je le reconnais, mais c’est comme ça, si j’ai juste l’impression d’entendre un porcelet qu’on étrangle, je vais pas pouvoir me mettre dedans et juger objectivement). Niveau compo, rien à rajouter, Tenta a tout dit. Et effectivement, ce n’est qu’une question de goût (Je s’est tout de même produit au Motocultor, ce ne sont donc pas des ados qui jouent au black metal dans leur garage en s’inspirant des portraits de gothiques des séries télé policières mais un groupe qui a sa fanbase et, je n’en doute pas, ses qualités), mais la mise en scène, c’est également quelque chose qui me laisse complètement froide. La surenchère (les scarifications sur les bras ayant été la goutte d’eau pour moi) de clichés du black m’a plus agacée qu’autre chose. Mais on ne peut qu’applaudir Braincrushing pour avoir ramené ce groupe dans la cave lugubre de l’Emporium Galorium, et les applaudir eux pour avoir su combler leur public.