Archives de la catégorie ‘Live Reports’

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C’est encore une bien belle affiche que nous proposait Braincrushing vendredi dernier à l’Emporium Galorium. En effet, Grey Widow (Brighton, UK) et Sons of Tonatiuh (Atlanta, US) nous ont fait l’honneur de faire un petit crochet par Rouen lors de leur tournée européenne. Au programme : du Sludge, du Doom, et même quelques pincées de Punk, le tout à un volume très très élevé. Je tiens d’ailleurs à préciser que les deux groupes ont réalisé un split, que vous pouvez retrouver ici.

Malheureusement, Ruines (Post-Black / Sludge, Tours) n’était pas de la partie comme il était prévu initialement, suite au braquage de leur van. On espère tout de même avoir l’occasion de les voir prochainement dans nos froides contrées normandes.

On chausse ses boules Quies, obligatoires, au risque de laisser nos tympans et éventuellement quelques miettes de cervelle sur les murs déjà peu ragoûtants de la cave du bar, on prend un Kinder et quelques bonbons pour la route (vous a t-on déjà dit que monsieur Braincrishing, a.k.a. Jordan, offre à chaque concert de quoi ne pas finir sourd et des sucreries ? Vous savez ce que ça veut dire pour un béhavioriste ?), et on y va.

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Setlist : X, III, Obey, VIII, IX

Grey Widow s’installe. On peut lire que le groupe s’est formé sur les cendres de Dopefight (Sludge), Parole (Sludge / Crust / Doom) et The Ergon Carousel (Punk / Noise Rock / Grind / Tralala). Les musiciens n’en sont donc pas à leur premier coup d’essai dans le genre, à savoir le Sludge / Doom. Je jette rapidement un œil à leur page Facebook : « Nihilistic Putrid Fuckin Hatred », clame leur photo de couverture. Ma curiosité est à son maximum. D’entrée, on s’attend à un son gras et à une avalanche de parpaings.

Les premières secondes du set s’apparentent à un ras de marée. Le groupe joue si fort que le son, presque palpable, nous heurte de plein fouet. Lorsque le bassiste (face à son ampli, dos au public la grande majorité du temps, pour un maximum de Drone) frôle les cordes de son instrument, c’est le public qu’il vient frapper à coup de poing dans la mâchoire. Il faudra un léger temps d’adaptation avant de se familiariser avec les sensations physiques engendrées par la musique et réussir à aller outre cette impression d’avoir perdu tous ses repères. Et par on ne sait quelle prouesse technique, malgré un tel amont de décibels, on distingue parfaitement la voix et chaque instrument.

Alors que les musiciens sont installés bien tranquillement sur scène, le chanteur, duquel émane une certaine froideur (alors qu’en réalité, il s’avère être quelqu’un de très sympathique !), est au plus près du public. Le chant est assez classique et ne se différencie par de ce que l’on peut entendre habituellement dans le genre. Toutefois, celui-ci est propre et bien maîtrisé. On en demande pas plus. La voix principale est d’ailleurs soutenue par celle du guitariste, qui assure les backing vocals. Alors qu’en studio, la combinaison des deux voix peut parfois sembler un peu étrange, le rendu live, quant à lui, est plutôt intéressant, et donne du relief à l’ensemble.

Le son de la guitare ainsi que ce fond très drone créé par la basse ne sont pas sans nous rappeler Sunn O))). Parce que Grey Widow, c’est aussi l’art et la manière de donner à ses compositions Sludge / Doom ce je ne sais quoi de bruitiste qui nous captive. Malgré tout, le groupe a su placer des passages plus mélodiques, permettant aux non adeptes des longueurs d’onde venant du fin fond des abysses d’y trouver leur compte.

Le temps passe à une vitesse vertigineuse, et le set se termine comme il a commencé, poisseux, suintant la haine. Le public est conquis, même si les âmes les plus sensibles ont dû quitter la salle en cours de route. Avouons que c’était une sacrée expérience. C’est donc un sans faute pour Grey Widow !

Le changement de plateau se fait en deux temps trois mouvements. Rapidement, les américains de Son of Tonatiuh prennent les commandes. On change d’ambiance, mais pas radicalement non plus : mettez le drone et la haine au placard, faites place aux gros riffs et aux rythmiques punks sur fond de Sludge.

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Si ce papier traîne depuis des jours, c’est à cause de mon incapacité à écrire quelque chose pouvant rendre honneur à la musique de SoT. En effet, sur le moment, j’ai aimé leur prestation, les morceaux joués pendant le set, le jeu de scène, la manière qu’avait le bassiste de faire sonner ses cordes, le mélange de la voix lead (cependant bien trop basse par rapport aux instruments pour que l’on puisse l’apprécier à sa juste valeur) et des backing vocals qui se mariaient à la perfection, la batterie très punk, rendant l’ensemble plus sautillant qu’écrasant, comme on peut s’y attend habituellement dans le Sludge…

Mais paradoxalement, je ne peux pas dire que ce show m’ait marqué. Habituellement, on aurait tendance à reprocher aux concerts organisés par Braincrushing de faire traîner les changements de plateau, mais, cette fois, celui-ci a pu nous paraître trop court . Ayant encore la tête embuée et le cœur remué par la musique de Grey Widow, un temps de latence un peu plus long aurait été appréciable (mais cela n’était pas faisable à cause de certaines contraintes horaires). Je vais donc m’arrêter ici, ne pas m’étendre en blabla inutiles et te conseiller fortement d’aller jeter une oreille à leur musique.

On vous donne rendez-vous prochainement pour la chronique de l’album de Grey Widow !

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Pour sa rentrée, l’Oreille qui Traîne, Emergence et Postghost nous offraient un concert aux allures plutôt atypiques : un dimanche après midi (16h30 – 20h), avec les petits gâteaux (et le P.A.F.) à prix libre, des petites tables autour desquelles s’asseoir, des enfants qui dansent dans le public et surtout, des groupes absolument abracadabrantesques.

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On commence avec les lillois de Prolapsus et leur « Impronoisefree ». Je me permet de reprendre la magnifique description du groupe que l’on retrouve sur l’événement Facebook : «Y’a rien à écouter et n’allez pas taper ce nom dans un moteur de recherche vous allez regretter. Surtout les images ». Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, ça me vend déjà du rêve.

Pour résumer, nous avons ici un sample, une trompette, un clavier, une basse agressive, jouée classiquement, avec un archer ou encore une paire de ciseaux, et un trombone à coulisse, qui a une place centrale sur scène. Et de temps en temps, le tout est agrémenté par les voix de trois messieurs, qui ne font qu’accentuer ce cirque rocambolesque. En effet, le groupe nous transporte dans une ambiance malsaine, dans la tête d’un fou qui prendrait plaisir à se replier dans son monde intérieur empli de sentiments contradictoires. La claviériste semble être le seul élément stable, du moins, de visu, si on fait abstraction de quelques passages plus conventionnels disséminés à quelques endroits stratégiques du set, comme un rempart qui apparaît devant nous mais que l’on n’attendait plus. Alors on tente de s’y raccrocher quand les choses dégénèrent, mais en vain. La musique reprend naturellement ses droits et vient court-circuiter nos neurones les uns après les autres. Certains verront dans Prolapsus un délire de musiciens camés jusqu’aux oreilles, alors qu’en réalité, ce genre d’exercice exige une bonne maîtrise de son instrument, mais aussi un sens de la dynamique de groupe assez incroyable. En ce qui me concerne, ce fut mon gros coup de cœur de la soirée (ou devrais-je dire, de l’après-midi).

On mange une part de gâteau à la banane, et PaVé, « le duo à 4 » prend le contrôle de la scène avec ses chemises à fleurs et ses lunettes en forme de cœur. La formation est un peu plus classique : une guitare, une basse, une batterie… et une flûte traversière qui, clairement, donne au groupe son identité (la flûtiste sera cependant absente sur deux morceaux, composés à l’époque où le groupe n’étais qu’un trio). Le groupe a su mélanger différents styles et influences qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres (prog, punk, psyché, ska, metal…) tout en gardant un ensemble cohérent. Forcément, on admire la performance Ça bouge sur scène, le batteur bondit sur son siège et finira par faire tomber la chemise, le public suit le mouvement et s’abandonne à quelques pas de danse, tout le monde passe un bon moment. En ce qui concerne le jeu en lui-même, il n’y a pas grand chose à noter, si ce n’est que chacun semble à l’aise avec son instrument. Tout est propre et bien calé du début à la fin. Un petit régal ! (gardez l’oeil ouvert, la chronique de leur EP arrivera prochainement).

Puis c’est Syntax Error qui clôture le bal, avec son concert d’adieu plein d’émotions. Cette fois-ci, nous avons affaire à un trio guitare / batterie / basse dans lequel chacun des membre est aussi chanteur. Le guitariste est le chanteur lead, mais il est assez rare de n’entendre que lui. Bien souvent, les trois chantent en cœur. De ce fait, la voix semble littéralement fondue dans l’instrumentation.

Bien que ce groupe soit beaucoup plus conventionnel que les deux précédents, on ne tombe pas pour autant dans quelque chose de classique. En effet, les compositions sont parfois déstructurées, et certaines plages instrumentales relativement dissonantes. Le génie de Syntax Error se trouve dans leur capacité à faire de la musique très accessible, qui nous rappellerait presque notre adolescence et tous les groupes plus ou moins honteux que l’on savourait à cette époque, mais qui en fait est plutôt complexe et travaillée.

On se souviendra particulièrement du dernier morceau de leur set : le même thème, répété en boucle de manière plus ou moins identique pendant une dizaine de minutes. Le groupe s’amuse malicieusement avec le public, qui s’attend à ce que le concert se termine à chaque moment de silence. Et ça dure, encore et encore. On y prend goût, on en rit, on ne veut pas que ça s’arrête. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, malheureusement.

Postghost, Emergence, l’Oreille qui Traîne, si vous nous entendez : des dimanches comme ça, on en veut toutes les semaines !

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Samedi 12 septembre, pour sa rentrée, Braincrushing organisait un concert placé sous le signe du Post Black Metal français à l’Emporium Gallorium. Au programme, Mutiara Damansara (Caen / Rouen), Déluge (Nancy) et Je (Besançon).

  • Mutiara Damansara [Dream Pop/Black Metal, Caen/Rouen]

Setlist : Annual Winter Depression, All the Boys Love Mandy Lane, Artificial Dim Light, Farewell, Laura Palmer’s Spiritual Brother, Nothing Left

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Tenta : Mutiara Damansara ouvre la soirée avec un set un peu plus brutal qu’à leur habitude. Suivant le groupe depuis pas mal de temps, je me contenterai de dire qu’on constate un net progrès ces derniers temps en ce qui concerne la présence scénique et la maîtrise des compositions en live. Pour le reste, je laisse Squid et son œil un peu plus objectif vous faire un petit compte rendu.

Squid : Objectif, objectif… Cela reste difficile quand c’est un groupe de potes. On a du mal à se mettre dedans avec un œil professionnel, on note plus les petits à côté (la posture statuesque péteuse d’Ulysse, la chevelure incroyablement soyeuse de Sven Cousin Machin…), mais je vais essayer de faire de mon mieux. Effectivement, pour avoir vu plusieurs concerts de Mutiara dans le passé, ils ont passé la seconde. On retrouve toujours ce côté planant et pailleté, mais l’énergie est là, beaucoup plus concrète. C’est pêchu, ça envoie, ça fait remuer les petits chats. Une évolution qui fait plaisir à voir et promet une dynamique beaucoup plus efficace pour conquérir le public.

 

  • Déluge [Black Metal/Post-Hardcore, Nancy]

Setlist : Bruine, Mélas | Khōlé, Avalanche, Naufrage, Houle

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Tenta : Déluge prend le relais. Au revoir les chevelures soyeuses virevoltantes au gré du vent et la traînée de paillettes laissée dans l’atmosphère par Mutiara. Outre le fait que la musique de Déluge nous inspire bien plus un sludge à la Cult of Luna que du black metal (ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre!), et que leur ingé lumière semble avoir une dent contre les épileptiques (beaucoup de stroboscopes et de spotlights agressifs, mais avouons que ce n’est pas sans faire son petit effet), j’appelle ça une claque monumentale. Je n’avais pas eu un tel coup de cœur en live depuis pas mal de temps. C’était puissant, plombant, et fabuleusement hypnotique. Le public, pourtant bien présent depuis de début de la soirée osait à peine se manifester enter deux morceaux. Le bruit de la pluie et les petits oiseaux en arrière plan offraient quelques secondes de calmes disséminées à des endroits stratégiques du set, renforçant cette impression de se faire littéralement broyer l’optimisme. On notera aussi que leur son n’était pas trop mauvais, et dans une salle comme celle-ci, ça relève de l’exploit. De ce fait, je n’ose pas (du moins, pas encore, ça viendra !) écouter ce que donnent les enregistrements studios, de peur de ne pas retrouver les mêmes sensations qu’en live. Bref, gros coup de cœur de la soirée !

Squid : La mise en scène joue ici un rôle crucial pour la performance. Toujours de dos entre chaque morceau, avec cette ambiance sonore qui sent bon le sel et les embruns, on attend la grosse claque qui nous foutra par terre. Quant aux lumières… J’ai eu du mal, beaucoup de mal. Non pas que c’était mal foutu, au contraire, puisque ça a été hyper efficace pour la grande majorité du public. Mais j’ai les yeux fragiles et les projos en mode « pleins phares dans ta gueule » et les stroboscopes qui ne s’arrêtent jamais, en alternance pendant toute la durée des chansons, ça a fini par me déranger car ça en devenait douloureux pour mes pupilles. Au lieu de profiter des quelques secondes d’ambiance entre les morceaux, je clignais des yeux, je galérais à voir quelque chose, et quand je retrouvais une vue normale, c’était pour me reprendre le spotlight en pleine tronche. Résultat, ça me sortait du concert. Il m’a fallu attendre la moitié du set pour arriver à une habituation qui m’a permis de kiffer malgré l’agressivité des jeux de lumière. Mais cela reste dû à mes yeux de bigleuse qui supportent mal la lumière, qu’elle soit naturelle ou artificielle, et si vous n’avez pas ce genre de sensibilité très chiante, ne vous laissez pas abattre. Musicalement, c’était lourd, poisseux de sel, maîtrisé et ultra-efficace. Comme l’a dit Tenta, personne n’osait bouger à la fin des morceaux, personne n’a applaudi avant la fin du concert. On était pris aux tripes, à la merci du groupe, qui nous a asséné claque après claque. Et le plus beau, c’est qu’on en redemandait.

 

  • Je [Post-Black Metal, Besançon]

Setlist : Homines Humilitas , Ces Cités Fosses Communes, Melpomène, La Transhumance des Mourants, Miasmes de Haine, Un Lac de Souffrance, Cendres de Rêves, Un Royaume de Nuit

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Tenta : Et puis, c’est déjà au tour de Je. Le black est là, mais le post est toujours porté disparu. Corpse paint, vestes à patchs et abondance capillaire sont de mise. Au niveau des instrumentations, pas grand chose à redire. Bien que les compositions n’aient rien d’extraordinaires ou d’innovant, le groupe envoie des riffs efficaces à se décrocher les cervicales, les plages un peu plus mélodiques sont maîtrisées, et les musiciens semblent prendre un réel plaisir à se produire. Le public, déjà bien chaud, apprécie. En revanche, la voix suraiguë du chanteur, qui n’est pas sans vaguement nous rappeler Silencer, peut dérouter, voire même rebuter. On pourra cependant leur reprocher d’en faire un peu trop, voire même de manquer de sincérité. Encore une fois, ce n’est qu’une question de goût, mais le côté visages peinturlurés et scarifications, c’est peut-être un petit peu too much. Surtout quand on prétend faire du post-black.

Squid : Ils ont mis l’ambiance. Voilà une chose d’assurée. Mais la voix, c’était impossible. Vraiment. En plus, je suis du genre à complètement bloquer lorsque je ne supporte pas la voix (sûrement à tort, je le reconnais, mais c’est comme ça, si j’ai juste l’impression d’entendre un porcelet qu’on étrangle, je vais pas pouvoir me mettre dedans et juger objectivement). Niveau compo, rien à rajouter, Tenta a tout dit. Et effectivement, ce n’est qu’une question de goût (Je s’est tout de même produit au Motocultor, ce ne sont donc pas des ados qui jouent au black metal dans leur garage en s’inspirant des portraits de gothiques des séries télé policières mais un groupe qui a sa fanbase et, je n’en doute pas, ses qualités), mais la mise en scène, c’est également quelque chose qui me laisse complètement froide. La surenchère (les scarifications sur les bras ayant été la goutte d’eau pour moi) de clichés du black m’a plus agacée qu’autre chose. Mais on ne peut qu’applaudir Braincrushing pour avoir ramené ce groupe dans la cave lugubre de l’Emporium Galorium, et les applaudir eux pour avoir su combler leur public.

Décidément, L’Oreille qui Traîne ne cesse de nous offrir des concerts de qualité. Le 16 avril, ce sont Eye Of The Liger (Grunge/Blues), Greyfell (Black Metal/Stoner) et Pneu (« Maths-machin, Noise Truc » venu de Tours, nous dit l’événement) qui étaient à l’honneur.

  • Eye Of The Liger [Grunge/Blues, Yvetôt/Dieppe]

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Quand un groupe est étiqueté « Grunge », je crains toujours de devoir subir une énième pâle copie de Nirvana, pas forcément désagréable, mais sans cette touche d’originalité qui retiendra mon attention. De ce fait, j’ai été d’autant plus surprise par Eye Of The Liger, qui a su tirer son épingle du jeu et se créer une identité musicale qui lui est propre. La formation est déjà atypique en elle-même : un chanteur guitariste, et un batteur choriste. Et, qu’on se le dise, voir un musicien qui arrive à coordonner ses baguettes et sa voix, je trouve ça fascinant. Ce duo vitaminé était donc parfaitement approprié pour introduire la soirée. Leur musique, en parfaite adéquation avec la météo estivale, nous inspire ces soirées adolescentes à faire griller des saucisses dans le jardin familial quand nos parents s’étaient absentés pour le week-end, et les longues heures de routes sous un soleil de plomb, à mourir de chaud entassés à 5 dans une 205 sans climatisation. Bref, de la bonne humeur par paquets de douze !

  • Facebook (allez lire leur bio dans l’onglet « à propos », c’est à mourir de rire)

 

  • Greyfell [Black Metal/Stoner, Rouen]

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Greyfell, que l’on ne présente plus, prend le relais. J’avais entendu parlé d’eux un bon paquet de fois, sans jamais avoir eu l’occasion de les voir. Quoi qu’il en soit, ce concert m’a prouvé qu’ils étaient à la hauteur de leur réputation. D’ailleurs, eux aussi font chanter leur batteur. A croire que c’était le thème de la soirée ! Je jette un œil sur scène : plein de pédales, un appareil bizarroïde qui sert à produire des sons étranges. Ok, de base, ça met direct en confiance. Si tu veux de la musique hybride, qui mélange tout un tas d’influences pour obtenir un cocktail détonnant, en voici en voilà. Ma première impression ? « Je vais faire l’amour à la voix du chanteur » (comprenez par là que le monsieur a une voix qui a tout de suite parlé à mon petit cœur). Autour de cette voix, il y une ambiance musicale complexe et travaillée, un jeu propre et calé (même quand le groupe affirme ne pas maîtriser un morceau, on a juste droit à quelques pains réglementaires). Là où ça pêche peut-être un peu, c’est au niveau de l’émotion transmise au public. Bien que la musique de Greyfell ait l’air de se prêter aux voyages de l’âme [edit : toute ressemblance entre cette phrase et un certain album bien connu d’Alcest n’est que pure coïncidence], elle ne m’a pas atteinte outre mesure sur ce plan. Mais ça n’empêche pas d’apprécier, loin de là.

  • Pneu [Maths-machin/Noise truc, Tour]

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Et le clou du spectacle, tout droit venu de Tours pour nous faire perdre notre latin, j’ai nommé Pneu ! Laissez moi vous faire un bref résumé : « Hier soir, je suis allée à un concert à L’Oreille qui Traîne. Il y avait un groupe de Math-Rock. Les mecs, ils ont pris tout leur matos, ils se sont installés au milieu du public, et là, c’était la folie ». Jouer sur scène ? TOO MAINSTREAM. Des morceaux structurés ? TOO MAINSTREAM. Du chant et une basse ? TOO MAINSTREAM AGAIN. J’aimerais tellement vous transmettre mes souvenirs de la foule, agglutinée autour des deux musiciens martyrisant leurs instruments, s’agitant comme atteinte d’une crise d’épilepsie qui se serait propagée telle un virus destructeur, au rythme des mélodies décousues qui dégoulinaient des amplis. Bien que relativement familière à ce genre musical, je n’avais jamais osé imaginer vivre une telle expérience de live. Si jamais tu as l’occasion de les voir, n’hésite pas une seconde. C’est une expérience hors du commun, susceptible de plaire à tous.

Je le répète un fois de plus mais, si tu aime rouler ta bosse en concert et découvrir des groupes venus d’horizons différents, viens faire un tour à l’Oreille. C’est la garantie de ne pas être déçu.

Le 10 avril, Terrain Vague nous conviait à un concert d’exception à l’Oreille qui Traîne (MJC Rouen Rive Gauche), en compagnie de Genital Jiggling, Toboggan, Cortez et KEN Mode.

Les photos sont de Donatien Redwitchdoctor. Malheureusement, nous n’avons pas trouvé de photos de Genital Jiggling lors de ce concert, l’image utilisée provient de leur page facebook (lien plus bas).

 

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  • Genital Jiggling [Fast Punk Hardcore, Rouen]

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Tenta : Les rouennais de Genital Jiggling sont les premiers à entrer dans l’arène. Soit dit en passant, le Fastcore, ce n’est franchement pas ma came. Et pourtant, je n’ai pas été déçue du voyage ! Le groupe enchaîne une pléthore de morceaux aussi brefs que survoltés, saupoudrés d’une bonne humeur très communicative. Il n’aura fallu que quelques minutes au public pour s’en saisir, et commencer à s’agiter dans tous les sens. En ce qui concerne la composition des morceaux, j’ai eu l’impression d’entendre quelque chose d’assez conventionnel, sans pour autant tomber dans le manque d’originalité. Niveau technique et propreté du son, pas grand chose à redire. Bref, Genital Jiggling a réussi à me faire ravaler mes à priori sur le genre, et croyez-moi, ce n’était pas gagné !

Squid : Comme Tenta, je ne suis pas fan de fastcore, mais j’aime l’aventure et les bonnes surprises. Les 4 gars de Genital Jiggling ont su correspondre à mes attentes, avec une patate d’enfer qui a permis à la sauce de prendre immédiatement. Je ne suis toujours pas adepte des morceaux de moins d’une minute (ça me fait un peu penser à un TGV qui passerait tout près de moi sans que j’ai le temps de biter ce qui est en train de se passer), mais l’enthousiasme dont le groupe déborde me fait passer l’éponge sans effort pour juste apprécier ce qu’il a à offrir : de la bonne grosse pouquette des familles qui fait sautiller pour une mise en bouche qui donne sacrément envie.

 

 

  • TOBOGGAN [Post-Hardcore, Rouen]

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Tenta : TOBOGGAN prend le relais. L’avantage avec eux, c’est qu’on n’est jamais déçu. A peine ont-ils commencé à jouer que le public est déjà en transe. Ce n’est pas un groupe, ce n’est pas de la musique, c’est une ogive nucléaire qui arrive sans détour dans ta face. Le chanteur franchit sans pudeur le quatrième mur, se mêle à la foule, tandis que les musiciens font hurler leurs instruments, déversant un post-hardcore qui mêle habilement les gros riffs qui sentent la sueur et cette atmosphère plus lourde, qui donne toute sa personnalité à TOBOGGAN. Impossible de détourner son attention tant le son nous enveloppe, nous électrise. Et puis vient la fin du set. La musique s’arrête, les lumières s’allument. On est désorienté quelques secondes, et puis, nous voilà plus reboostés que jamais. Bref, le groupe n’a pas à rougir devant les têtes d’affiche de la soirée !

Squid : Découverte pour moi, puisque je n’avais pas encore eu le plaisir de voir ces messieurs sur scène. Grosse claque dans ta race. La puissance de TOBOGGAN te prend de court, et te scotche sur place. On kiffe le jeu avec le public, on fait partie intégrante du show et ça fait super plaisir. L’énergie dégouline de partout, et on glisse sans peine dans l’ambiance subtile et oppressante qui te chope sans prévenir. Les gars de TOBOGGAN savent ce qu’ils font et t’emmènent pile là où ils veulent que tu sois, et c’est avec ferveur que tu les laisses faire. Chaque morceau est intense, et tu as tout sauf envie que le set se termine, te permettant de te ruer sur leur EP TBGN, à prix libre sur leur bandcamp, que nous chroniquerons prochainement. De quoi attendre patiemment leur prochain prestation live pour en reprendre plein la tête.

 

 

  • Cortez [Post-Hardcore/Metal, Suisse]

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Setlist : Borrelia, Un lendemain sans chaîne…, Arrogants que nous sommes, Idylle, Sulfure, El Vetic, Au-delà des flots, Temps-Mort

 

Tenta : Vient le tour de Cortez. Le show débute par une introduction quelque peu inquiétante avant l’entrée en scène des musiciens. Permettez-moi tout d’abord de faire une aparté sur le chanteur (qui portait un T-Shirt Russian Circles. Il ne faut pas négliger ce genre de détails). N’importe quel humain normalement constitué ne tiendrait pas trois minutes à s’agiter comme il le fait. C’est comme s’il était possédé par ce qui sortait des amplis de ses musiciens, comme s’il n’était qu’un pantin désarticulé, se soumettant à la volonté d’une guitare et d’une batterie (point de basse dans Cortez). C’est ce que j’appelle un jeu de scène qui ne laisse pas indifférent. Outre cela, Cortez nous offre des sonorités complexes, teintées à la fois de hardcore, de metal et de noise, écrasant le public sous une ambiance sombre, aussi malsaine que violente. On est étonné du contraste entre la douceur du chanteur lorsqu’il s’adresse au public, et toute cette hargne mêlée au désespoir que l’on retrouve lorsqu’il se met à chanter (je pense notamment à la fin du morceau qu’il a dédié aux filles présentes dans la salle, lorsqu’il est seul, à répéter cette même phrase qui à chaque fois fait l’effet d’un coup de poignard en plein cœur). Et puis, le guitariste qui en fin de set, joue de la guitare avec le public en guise de médiator, là je dis bravo.

Squid : Je n’ai pas encore écouté les albums studio, par peur de ne pas réussir à retrouver les émotions que Cortez m’a fait subir sur scène.  Y’a des groupes comme ça, qui ont une présence tellement écrasante que tu as du mal à te représenter la musique sans les images. Car Cortez, c’est une intensité, une violence scénique incroyables qui te serrent le cœur et t’angoissent, te plongeant très, très bas. Le chanteur t’en envoie plein la gueule, ses gesticulations et grimaces martèlent la douleur, la rage, le désespoir que véhicule la musique. En effet, on ne peut qu’avoir quelques secondes de confusion lorsqu’il nous parle tout doucement entre 2 morceaux, comme si on sortait la tête de l’eau sans trop comprendre comment on en est arrivé là. Et ça repart. Angoisse, malaise, cœur serré et une fascination totale pour ce qui se passe devant tes yeux et dans tes oreilles. J’ai adoré Cortez, au point que j’ai peur de les réécouter aujourd’hui. Et big up pour le guitariste qui joue sur les gens, c’est effectivement très très cool.

 

  • KEN Mode [Punk Hardcore/Noise Rock, Canada]

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Tenta : Enfin, le moment que tout le monde attendait : KEN Mode, la tête d’affiche. Dommage pour moi, c’est le groupe auquel j’ai le moins accroché. Évidemment, le jeu est très pro, pas une bavure, les morceaux sont pêchus, le public était hors de contrôle. Bien que j’ai trouvé la première partie du set sympathique, elle ne m’a pas transcendée outre mesure. Et puis, peu à peu, d’un morceau à l’autre, toute cette rage presque palpable lors des premiers morceaux s’est faite plus discrète, plus insidieuse, rendant les ambiances plus lourdes et dérangeante. C’est à ce moment que j’ai commencé à réellement me laisser porter par KEN Mode. Et puis, c’est très naturellement que le groupe a enchaîné ses morceaux, jusqu’à la fin, et nous a dit au revoir suite au rappel.

Squid : Pour être honnête, je n’ai apprécié que la dernière partie du set. C’est quand les morceaux ont commencé à se faire plus subtils et à jouer sur l’atmosphère que je les ai trouvé percutants, et que je me suis prise au jeu. Comme l’a déjà dit Tenta, tout est nickel chrome, le public est fou furieux, l’ambiance est au top et ça fait plaisir à voir, mais je ne suis pas rentrée dans le délire pour autant. Sûrement parce qu’après TOBOGGAN et Cortez, il était plus difficile de m’accrocher l’oreille, tellement j’ai pris cher et kiffé ma race pendant leurs sets. Mais ils ont assuré du début à la fin, sans aucune fausse note d’aucune sorte, et je ne peux que saluer très bas cette performance.

 

Une fois n’est pas coutume, cette soirée à l’Oreille qui traîne était une nouvelle fois une franche réussite, et ce du début à la fin. Bravo à l’orga ainsi qu’à l’équipe son et lumière, qui ont assuré bien comme il faut.

Deux ans après leur séparation, Altar of Plagues repart une dernière fois sur les routes européennes pour une tournée d’adieu, accompagnés par Malthusian.

  • Mòr [Black Metal, Rouen]

Sans titre 8

Tenta : Aujourd’hui, c’est Mòr un groupe de Black Metal rouennais qui a l’opportunité d’ouvrir le bal. Du BM assez basique, toujours les mêmes riffs, des morceaux qui se suivent et se ressemblent, un groupe qui transpire l’apathie… Je n’ai pas réussi à définir si ce côté dissonant venait d’un problème technique ou si c’était la volonté du groupe, mais toujours est-il que ça ne fonctionnait pas. En revanche, j’ai pas mal apprécié la manière dont les musiciens sont répartis sur scène : le bassiste au premier plan, au milieu, tandis que le chanteur était sur le côté, un peu plus en retrait. Bien que cela soit de plus en plus courant, j’apprécie toujours ne pas avoir à chercher où le bassiste a été dissimulé. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait de leur second live, il serait donc injuste de se baser uniquement sur cette performance pour se faire une idée des capacités de Mòr, d’autant que la pression devait être importante.

Squid : Ce concert, c’était pour moi l’occasion de faire mes premiers pas dans l’univers du black metal. C’est un genre que je n’ai jamais vraiment écouté, mais Tenta ayant réussi à me mettre au post-rock, je me doutais que le BM serait la prochaine étape. C’est donc en grande novice que je vais mettre ma patte dans ce report, mais ce qui me rassure, c’est que mon ressenti est similaire à la copine connaisseuse. Donc, on parlait de Mòr. Je n’ai pas été du tout, mais alors du tout, séduite par cette performance. J’avais l’impression désagréable d’entendre toujours la même chose, et la dissonance évoquée par Tenta était aussi l’un de mes problèmes principaux. Pour l’anecdote, nous étions 3 à ce concert, et aucun de nous 3 n’a réussi à dire si c’était volontaire ou un problème technique, ce qui est généralement assez mauvais signe. Anybref, une redondance musicale qui m’a laissée froide, même si je n’ai pas vraiment de reproches sur la technique. Peut-être aurais-je l’occasion de les revoir jouer plus tard, quand ils seront plus expérimentés, pour vanter leurs progrès. Après tout, une deuxième scène en ouvrant pour Altar of Plagues, c’était sûrement un défi.

  • Malthusian [Black/Death Metal, Irlande]

Tenta : Puis c’est au tour de Malthusian. Mon dieu cette claque ! Du Black/Death puissant et groovy, sans pour autant tomber dans le cliché du « grométal décérébré », un jeu calé, des interludes qui sentent le drone, un groupe qui a la patate, bref, que du bonheur. Dommage que l’ingé son ait fait un petit peu n’importe quoi avec le micro d’un des chanteurs, que l’on entendait à peine. Et en parlant des chanteurs : ils sont trois (seul le batteur n’a pas de micro), dans trois registres de voix différents (si tant est que l’on puisse parler de registre de voix dans ce genre musical). Autant vous dire qu’en live, ça fait son petit effet.

Squid : Irlandais également, Malthusian suit Altar of Plagues pour leur tournée européenne avec seulement une démo et un EP sorti très récemment. Autant dire que découvrir la scène européenne avec de tels collègues, c’est une opportunité en or. D’abord interloquée par la présence des 3 micros (parce qu’étant un gros bébé dans ce milieu, j’avais encore jamais vu ça), j’ai vite compris pourquoi ils avaient été choisis pour cette tournée. De l’énergie à revendre, une technique irréprochable, on chope le sourire devant la grosse beigne que Malthusian te colle en pleine tronche. Parfois planant, toujours aussi pêchu, ce set m’a ambiancé la tête bien plus que ce que j’espérais. Groupe dont la carrière est assurément à suivre!

  • Altar of Plagues [Post-Black Metal, Irlande]

SET-LIST : Mills, God Alone, Neptune is Dead, A Remedy and a Fever, Scald Scar of Water, Feather and Bone.

Tenta : Enfin, Altar of Plagues, que l’on attendait tous, entre en scène. Je m’attendais à quelque chose d’intense, connaissant le groupe depuis pas mal de temps. Mais je n’aurais jamais pensé être aussi remuée. Mills, comme un coup de poignard, nous souhaite la bienvenue. On suffoque, tout disparaît autour de nous. Seule la musique subsiste. Et c’est ainsi que l’on commence à se faire balader, morceau par morceau, dans un univers qui prend racine dans les tréfonds de notre âme et qui s’étend au delà de notre imagination. La setlist semble d’ailleurs agencée dans ce but : d’abord, l’oppression, puis, doucement, on progresse vers des morceaux ponctuellement plus aériens. Alors on ferme les yeux, et on s’envole. Niveau technique, le son est propre, les musiciens maîtrisent parfaitement ce qu’ils font (l’agilité du batteur m’a laissée bouche bée plus d’une fois), le chanteur a un charisme impressionnant qui accentue le malaise provoqué par la musique. J’ai réellement eu l’impression de redécouvrir le groupe, notamment sur Scald Scar of Water. Ce morceau, encore plus que tous les autres, prend tellement d’ampleur en live !

Squid : Quelle chance pour moi de découvrir ce groupe sur scène, et quelle tristesse quand on sait que ce sera la première et dernière fois que je les vois live! L’écoute préliminaire de leur dernier album, Teethed Glory & Injury, m’avait laissé agréablement surprise, et surtout curieuse. Autant dire qu’il a pris une toute autre ampleur après ce concert, et que c’est presque avec un pincement au cœur que je l’écoute aujourd’hui, en essayant de retrouver les frissons que les morceaux m’ont procuré en salle. Du début à la fin, j’ai plané. Complètement. L’intégralité du set m’a pris bien au fond des tripes. J’hésitais à en profiter les yeux fermés pour me laisser bercer par le son, ou ouverts pour admirer le charisme incroyable du groupe. Je suis passée par plusieurs émotions avec une fluidité et un naturel déconcertants, de l’angoisse, distillée de main de maître, comme un cocon poisseux qui m’entourait la gorge, à un état quasi hypnotique causé par les envolées plus douces, mais toujours aussi percutantes, qui m’ont emmenée très, très loin dans ma tête. On en veut plus, on tremble à l’idée que la musique s’arrête, qu’Altar of Plagues relâche son étreinte et te renvoie sur terre. Cette performance, tellement intense, valait à elle seule le déplacement. Je suis tellement contente d’avoir pu vivre leur musique en live, t’as pas idée.

 

Quand l’Irlande s’invite sur nos terres pour y faire jouer des groupes comme Malthusian ou Altar of Plagues, c’est la promesse d’un concert dont on ne sera pas déçu ! Le vrai gros point noir, c’est la longueur des sets : environ 20 minutes pour Mòr, à peine plus pour Malthusian, et 45 minutes pour Altar of Plagues. Malheureusement, les groupes doivent jongler avec les contraintes horaires imposées par les salles, surtout lorsqu’il s’agit de pubs comme le Mc Daid’s. Les contraintes de la scène underground, en somme.