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Deux ans après leur séparation, Altar of Plagues repart une dernière fois sur les routes européennes pour une tournée d’adieu, accompagnés par Malthusian.

  • Mòr [Black Metal, Rouen]

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Tenta : Aujourd’hui, c’est Mòr un groupe de Black Metal rouennais qui a l’opportunité d’ouvrir le bal. Du BM assez basique, toujours les mêmes riffs, des morceaux qui se suivent et se ressemblent, un groupe qui transpire l’apathie… Je n’ai pas réussi à définir si ce côté dissonant venait d’un problème technique ou si c’était la volonté du groupe, mais toujours est-il que ça ne fonctionnait pas. En revanche, j’ai pas mal apprécié la manière dont les musiciens sont répartis sur scène : le bassiste au premier plan, au milieu, tandis que le chanteur était sur le côté, un peu plus en retrait. Bien que cela soit de plus en plus courant, j’apprécie toujours ne pas avoir à chercher où le bassiste a été dissimulé. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait de leur second live, il serait donc injuste de se baser uniquement sur cette performance pour se faire une idée des capacités de Mòr, d’autant que la pression devait être importante.

Squid : Ce concert, c’était pour moi l’occasion de faire mes premiers pas dans l’univers du black metal. C’est un genre que je n’ai jamais vraiment écouté, mais Tenta ayant réussi à me mettre au post-rock, je me doutais que le BM serait la prochaine étape. C’est donc en grande novice que je vais mettre ma patte dans ce report, mais ce qui me rassure, c’est que mon ressenti est similaire à la copine connaisseuse. Donc, on parlait de Mòr. Je n’ai pas été du tout, mais alors du tout, séduite par cette performance. J’avais l’impression désagréable d’entendre toujours la même chose, et la dissonance évoquée par Tenta était aussi l’un de mes problèmes principaux. Pour l’anecdote, nous étions 3 à ce concert, et aucun de nous 3 n’a réussi à dire si c’était volontaire ou un problème technique, ce qui est généralement assez mauvais signe. Anybref, une redondance musicale qui m’a laissée froide, même si je n’ai pas vraiment de reproches sur la technique. Peut-être aurais-je l’occasion de les revoir jouer plus tard, quand ils seront plus expérimentés, pour vanter leurs progrès. Après tout, une deuxième scène en ouvrant pour Altar of Plagues, c’était sûrement un défi.

  • Malthusian [Black/Death Metal, Irlande]

Tenta : Puis c’est au tour de Malthusian. Mon dieu cette claque ! Du Black/Death puissant et groovy, sans pour autant tomber dans le cliché du « grométal décérébré », un jeu calé, des interludes qui sentent le drone, un groupe qui a la patate, bref, que du bonheur. Dommage que l’ingé son ait fait un petit peu n’importe quoi avec le micro d’un des chanteurs, que l’on entendait à peine. Et en parlant des chanteurs : ils sont trois (seul le batteur n’a pas de micro), dans trois registres de voix différents (si tant est que l’on puisse parler de registre de voix dans ce genre musical). Autant vous dire qu’en live, ça fait son petit effet.

Squid : Irlandais également, Malthusian suit Altar of Plagues pour leur tournée européenne avec seulement une démo et un EP sorti très récemment. Autant dire que découvrir la scène européenne avec de tels collègues, c’est une opportunité en or. D’abord interloquée par la présence des 3 micros (parce qu’étant un gros bébé dans ce milieu, j’avais encore jamais vu ça), j’ai vite compris pourquoi ils avaient été choisis pour cette tournée. De l’énergie à revendre, une technique irréprochable, on chope le sourire devant la grosse beigne que Malthusian te colle en pleine tronche. Parfois planant, toujours aussi pêchu, ce set m’a ambiancé la tête bien plus que ce que j’espérais. Groupe dont la carrière est assurément à suivre!

  • Altar of Plagues [Post-Black Metal, Irlande]

SET-LIST : Mills, God Alone, Neptune is Dead, A Remedy and a Fever, Scald Scar of Water, Feather and Bone.

Tenta : Enfin, Altar of Plagues, que l’on attendait tous, entre en scène. Je m’attendais à quelque chose d’intense, connaissant le groupe depuis pas mal de temps. Mais je n’aurais jamais pensé être aussi remuée. Mills, comme un coup de poignard, nous souhaite la bienvenue. On suffoque, tout disparaît autour de nous. Seule la musique subsiste. Et c’est ainsi que l’on commence à se faire balader, morceau par morceau, dans un univers qui prend racine dans les tréfonds de notre âme et qui s’étend au delà de notre imagination. La setlist semble d’ailleurs agencée dans ce but : d’abord, l’oppression, puis, doucement, on progresse vers des morceaux ponctuellement plus aériens. Alors on ferme les yeux, et on s’envole. Niveau technique, le son est propre, les musiciens maîtrisent parfaitement ce qu’ils font (l’agilité du batteur m’a laissée bouche bée plus d’une fois), le chanteur a un charisme impressionnant qui accentue le malaise provoqué par la musique. J’ai réellement eu l’impression de redécouvrir le groupe, notamment sur Scald Scar of Water. Ce morceau, encore plus que tous les autres, prend tellement d’ampleur en live !

Squid : Quelle chance pour moi de découvrir ce groupe sur scène, et quelle tristesse quand on sait que ce sera la première et dernière fois que je les vois live! L’écoute préliminaire de leur dernier album, Teethed Glory & Injury, m’avait laissé agréablement surprise, et surtout curieuse. Autant dire qu’il a pris une toute autre ampleur après ce concert, et que c’est presque avec un pincement au cœur que je l’écoute aujourd’hui, en essayant de retrouver les frissons que les morceaux m’ont procuré en salle. Du début à la fin, j’ai plané. Complètement. L’intégralité du set m’a pris bien au fond des tripes. J’hésitais à en profiter les yeux fermés pour me laisser bercer par le son, ou ouverts pour admirer le charisme incroyable du groupe. Je suis passée par plusieurs émotions avec une fluidité et un naturel déconcertants, de l’angoisse, distillée de main de maître, comme un cocon poisseux qui m’entourait la gorge, à un état quasi hypnotique causé par les envolées plus douces, mais toujours aussi percutantes, qui m’ont emmenée très, très loin dans ma tête. On en veut plus, on tremble à l’idée que la musique s’arrête, qu’Altar of Plagues relâche son étreinte et te renvoie sur terre. Cette performance, tellement intense, valait à elle seule le déplacement. Je suis tellement contente d’avoir pu vivre leur musique en live, t’as pas idée.

 

Quand l’Irlande s’invite sur nos terres pour y faire jouer des groupes comme Malthusian ou Altar of Plagues, c’est la promesse d’un concert dont on ne sera pas déçu ! Le vrai gros point noir, c’est la longueur des sets : environ 20 minutes pour Mòr, à peine plus pour Malthusian, et 45 minutes pour Altar of Plagues. Malheureusement, les groupes doivent jongler avec les contraintes horaires imposées par les salles, surtout lorsqu’il s’agit de pubs comme le Mc Daid’s. Les contraintes de la scène underground, en somme.

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Dans les contrées oniriques des cauchemars, c’est entre quelques mélodies perdues au milieu d’une brutalité sans nom qu’est né Yorblind. Bon ok, je cherchais une phrase d’accroche classe et pas trop débile lorsque je l’ai écrit, un matin, shooté au sirop qui te fait pioncer deux minutes après l’avoir ingurgité.

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Yorblind, c’est quoi et c’est qui ? C’est du death/trash métal venant de Paris, formé en 2002 (Rash Roberts : vocals, Mike : lead guitar, Jipi : rythm guitar, Djiss : bass, Thew : drums) et qui pond sa première démo éponyme en 2003. Cette première démo arrive sur la scène métal comme une belle surprise et les critiques sont élogieuses, du coup les voilà en train de partager l’affiche avec Carnal Lust, Outcast ou Killers. Ce n’est qu’un an plus tard que le groupe retourne en studio et sort son premier album Melancholy Souls en 2005, le test dans la cour des grands. Sans surprise, ils sont bien accueillis et les voilà de nouveau partageant la scène avec Hacride, Mors Principium Est, Kronos, Arkan et d’autres encore.

Ce qui est bien avec Yorblind (voire aussi la fin de ma critique), c’est que le groupe est en recherche constante d’évolution. En 2008, nouvel essai en studio et en 2010 sort Réflexion où la patte se fait plus brutale, plus perso et plus mélodique. Yorblind se trouve, mais il lui faut encore tâter le terrain. Ça n’empêche pas de tourner avec Klone, Hacride, the Arrs et d’avoir le nom du groupe en tête d’affiche à la scène Bastille (Paris).

Mars 2015 sort Blind… But Alive et le label Klonosphere nous a envoyé la galette, puisque c’est chez eux que se retrouve Yorblind à présent, pour voir ce qu’on en pensait. J’ai écouté l’album en boucle pour me faire bien une idée, n’étant pas forcement fan du côté Death, mais j’ai eu… Une bonne surprise…

Ce que le dragonnet en pense :

Blind… But Alive secoue l’auditeur entre ses mélodies calmes et ses brusques accès de rage. Le tout est maitrisé sans aucune bavure et l’oreille prend plaisir à se prendre des riffs furieux, avec une voix qui crache bien son flow au micro, mais qui sonne parfois un peu trop « brute » pour être appréciée pleinement.

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Pour les non-connaisseurs, il ne faut pas se fier à l’intro (ou l’ountro, ça dépend comment vous le prenez si vous aimez commencer par la fin). On pourrait croire que Yorblind est un groupe de post puisque les deux morceaux sont en totale instru, mais c’est une mise en matière pour préparer la sauce Yorblind, celle qui tâche, qui brûle et qui te laisse des marques.

C’est le cas du premier morceau I am Not, qui se barre en 4 :10 de pures folie enragée, le truc s’emballe sans te prévenir pour te balourder dans le mur après cette intro, qui n’était que le calme avant la tempête.

Et quelle tempête mon vieux, entre des riffs lourd et agressif, la batterie qui enchaîne les morceaux sans prendre une minute pour comprendre ce qui se passe et ces brusques moments de calme, mélodiques, mais tout aussi violents, puisqu’ils ne font que préparer des redescentes comme celle d’un junkie dans l’univers de Yorblind.

I Am Not ouvre le bal, The Scapegoat(et non The Spacegoat comme j’ai pu mal le lire) renchaine tout aussi brutalement, mais se montre répétitif jusqu’au milieu du morceau où s’enchaine un petit coup d’instru, mais retombe ensuite dans le même cercle…

Vous pouvez être sympa avec mon cerveau ?

Vous pouvez être sympa avec mon cerveau ? Parfois, il a du mal.

On trébuche sur ce morceau et on se rattrape sur The Exploited. Tu n’as pas le temps de te remettre sur tes pieds que ce morceau te fout à terre avec un guest qui accompagne la voix, le coup est violent et rattrape facilement la chèvre de l’espace (parce que mon esprit à la con peu vraiment pas prendre ça au sérieux). Le morceau jubile entre passages clairs et violents, peu de chant, beaucoup plus mélodieux que les deux premiers, mais on se sent enfin absorbé par l’album.

« The exploited » par Yorblind, dans l’émission ENORME TV

Quitte ou double pour The Self Centered qui dès les premières notes te promet un niveau de menace à faire se planquer les petits Japs sous leurs tables. On est au milieu de l’album et ce morceau servira de transition, finalement aucun Hiroshima, mais un morceau appréciable avec de nouveau un moment d’instru en plein milieu. Tout du long, la voix est plus claire, plus hard rock 70’, ce qui donne un souffle bien appréciable dans cette suite (je reviendrai sur la voix).

The Master commence lourdement et donnera le ton pour le reste du morceau. Lourd, imparable, le morceau tente de s’imposer comme l’un de ceux qui font toute la personnalité de l’album. On y retrouve la base même que dans I Am Not et ça sera le seul morceau dénué de moment d’instru. De bout à bout, le morceau vous frappera dans le bide pour vous faire comprendre qui est le patron !

Genesis se lance là où s’arrête The Master : nulle part. Il reprend aussi sec derrière le dernier morceau. Beaucoup plus dynamique, il propose sa dose de moments aux chant clair et s’agite dans sa propre tempête. Ça sera également le moment de faire une belle place à la guitare qui aura le droit à son moment perso.

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The Teacher est le « dernier » morceau. Comparé à The Master, il s’ouvre de la même manière pour présenter le personnage, mais cette fois-ci plus rapide, moins lourd et plus diversifié. Yorblind termine en exposant sa galerie de savoir-faire, passe en vitesse accélérée toutes les bonnes surprises de ce troisième album.

Blind… Et …But alive ne sont pas en reste comme intro et ountro de l’album, présentant deux morceaux calmes, reposants, mais qui cachent bien leur jeu si on n’écoute pas le reste de l’album. Comme deux inconnus, elles représentent à la fois le calme avant la tempête et l’œil du cyclone, car je doute que Yorblind s’arrête à un troisième essai…

Troisième essai marqué ? Yorblind a quand même un bon palmarès… Hacride, Kronos, The Arrs, Klone comme partenaires de scène et une tête d’affiche à la scène Bastille, plusieurs invités sur l’album… Ok, Yorblind sait quel genre de match il joue et même si je ne suis pas un gros fan du genre, j’ai passé un excellent moment à écouter Blind… But Alive pour cette chronique. Mis à part Scapegoat qui m’a ennuyé et une voix que je n’arrive pas à bien apprécié, Blind… But Alive est l’évolution d’un groupe qui à su prendre son temps pour se définir, grandir auprès d’autres groupes et nous sortir un album pas totalement parfait, mais qui a le mérite de se chercher. Sans compter les nombreux guests qui se partagent l’album (Cyd – Magoa / Julien – Lokurah / Raf – T.A.N.K. / Krys – MUR / Mathieu – Gorod)

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Est-ce que je le conseille maintenant ? Oui, sans hésiter. Yorblind a du talent et de la ressource, ça se sent à travers tous les morceaux de l’album, ça en transpire même ! Je suis prêt à parier que vous y passerez un bon moment et même si vous n’êtes pas un grand fan des intros et outros en instru, laissez-les faire, sans être anecdotiques, ils sont surement les deux morceaux qui vous permettront de prendre conscience de toute la force de Yorblind.

En somme, Blind… But Alive est dans la discothèque Rock’In Radio et peut être dans la votre, a partir du 13 mars ! Ça sera dispo chez tous les bons disquaires, Klonosphere et Season of Mist.

Des liens, plein de liens:

Et pleins d’images

 

Wormfood est un groupe originaire de Rouen, qui a réussi à se faire un nom dans l’hexagone grâce à son death metal progressif.

Posthume (2010) est le dernier album de Wormfood en date  si on exclue Décade(nt), leur compilation qui a vu le jour en 2012. Il se détache clairement du reste de la discographie du groupe, mettant de côté la touche death au profit d’arrangements plus doom, et d’un ambiance générale beaucoup plus sombre. Mais le principal atout de cet opus, ce sont les textes.

Les Noces sans Retour, premier titre de l’album, donne le ton dès les premières secondes : une voix emplie d’amertume, un cocktail d’émotions et de rage, aussi bien dans les paroles («Ce n’est pas la peine d’ouvrir la bouche, je devine que tu vas mentir, et pourtant tes silences m’étouffent, je sais qu’il faut s’attendre au pire») que dans l’instrumentation, le rythme de la musique suivant l’affrontement qui se déroule. L’influence Type O Negative, bien que présente sur tout l’album se fait particulièrement sentir sur ce morceau (peut-être à cause de l’intervention de Paul Bento à la sitar sur le dernier break). On retrouvera cet esprit sur l’intégralité de l’album. La Vanité des Amants vient enfoncer le clou d’un cran de plus. Son atmosphère est encore plus pesante, faisant écho à tous les sentiments négatifs présents chez l’auditeur, notamment grâce à la basse, très lourde.

Outre le conflit inter-individuel, Posthume aborde aussi le thème de la plus violente des batailles, celle menée contre soi-même, à travers Troubles Alimentaires. Très percutant dès le début, ce morceau traite la problématique de l’image de soi telle qu’on se la représente et de l’obsession de l’image que l’on revoie aux autre, au point où cela devient pathologique. Le rythme lancinant prend le dessus des breaks relativement lourds, agrémentant le malaise. Ici, c’est au piano que Paul Bento intervient. Passage à Vide suit la lignée des titres précédents. Les quelques accélérations, flirtant avec le thrash ajoutent une note de folie à ce tableau déjà très sombre. On notera la présence de très bons solos, et l’intervention opportune du piano. On enchaîne avec Salope (voir ci-dessous), titre équivoque, aux paroles qui parlent d’elles-mêmes («Je préférerais te savoir morte plutôt qu’heureuse à ses côtés. Le deuil me paraîtrait léger, si c’était sous la terre que tu couchais»). L’aspect plutôt simpliste de ce morceau, composé d’une guitare acoustique  accompagnant le chant sur les premières minutes, ne rend pas pour autant son impact plus doux, bien au contraire. La simplicité de la musique renforce le poids des mots.

Il ne faut rien attendre de plus léger pour conclure l’album. Des Hauts et des Bas , reprise sublime et inattendue de Stephan Eicher, continue sur la même lancée. Enfin, EWB28IF viendra fermer l’album, les orgues  funèbres ayant une allure d’enterrement. Belle métaphore musicale, en guise de dernier morceau.

En bref, Posthume, sur lequel El Worm a plus une place de conteur que de chanteur est une ode au malaise, au conflit et à l’aigreur. Certains pourront même y trouver une certaine dose de douce folie. Bien qu’éprouvant émotionnellement si tant est que l’on soit sensible à ce genre de thème et de sonorités, cet album a su tirer brillamment son épingle du jeu.

Le groupe enregistre actuellement un nouvel album, attendu avec impatience.

Tenta