Articles Tagués ‘doom’

Grey Widow – I [Sludge/Doom, UK]

Publié: 20 novembre 2015 par Squideleiev dans Chroniques, Musique
Tags:, , , , , , , ,

gw

Track Listing : I (05:24), II (07:40), III (05:56), IV (07:17), V (05:05), VI (09:18), VII (06:49), VIII (09:12)

Release : 14/01/2014

Avant toute chose, laissez-moi vous raconter une petite anecdote. Il y a quelques temps à Rouen, les forains manifestaient suite à la décision prise par la mairie de déplacer la Foire Saint Romain. En ville, on se serait cru en pleine guerre civile : de la fumée, des flammes, les forces de l’ordre à tous les coins de rue, des sirènes qui ne cessaient de résonner dans le lointain, les voitures agglutinées, les piétons curieux, agacés ou apeurés qui se bousculaient… Et moi, comme tous les matins, j’allais tranquillement travailler, le casque vissé solidement sur les oreilles. C’est ainsi que j’ai découvert l’album de Grey Widow pour la première fois. Autant vous dire que le spectacle était parfaitement raccord avec toute la crasse dégoulinante de mes écouteurs.

L’objet physique en lui même est plutôt sobre, mais sympathique. Au niveau des titres, là non plus, pas de superflu : le groupe a opté pour des chiffres romains qui suivent le track listing, ce qui a son côté pratique quand on écoute ses CD dans la voiture ou sur un vieux poste incapable d’afficher autre chose que le numéro de la piste.

Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Grey Widow, c’est du Sludge / Doom poisseux qui colle à la peau et te claque au sol. I, c’est une histoire de haine, de souffrance et de torture. Par mesure de sécurité, les âmes sensibles et les oreilles les plus délicates sont donc priées de se tenir à l’écart.

La première force du groupe, et celle qui fait toute son efficacité, c’est d’avoir réussi à créer quelque chose d’original et bien à lui, sans pour autant chercher à s’éloigner des sentiers battus. Bien que Grey Widow ne réinvente pas le genre, on constate qu’il est assez difficile de lui trouver des points communs avec d’autres artistes jouant dans la même cour. En cherchant bien, on pourra éventuellement voir quelques similitudes avec Thou ou certains titres d’Eyehategod, mais ça s’arrête là. En ce qui concerne les compositions, là non plus, rien de mirobolant, pas de claviers ou d’effets synthétiques à outrance. C’est brut. L’authenticité qui en ressort est d’ailleurs renforcée par le jeu frénétique des musiciens, jouant comme si l’avenir du monde en dépendait.

Toutes les techniques sont bonnes quand il s’agit de rendre une expérience musicale pénible et douloureuse. Dans I, II et III, les riffs sont incisifs, la violence qui s’en dégage est directe, frontale, alors que IV, VI et VIII distillent dans l’atmosphère quelque chose de plus insidieux, qui nous saisit de l’intérieur. L’agencement des pistes a aussi son importance. Au fil des titres, les parpaings s’alourdissent. D’où l’importance d’écouter cet album dans l’ordre (sauf si, évidement, tu veux directement passer aux choses sérieuses sans échauffement. Dans ce cas, je te conseille VII, de préférence à plein volume).

De manière générale, l’enregistrement est propre, même si le mixage fait que, sur certains morceaux, notamment sur IV, les backing vocals se démarquent un peu trop, venant perturber la dynamique du morceau. Quoi qu’il en soit, bien que l’album soit un vrai petit bonheur pour les misanthropes qui aiment regarder le monde avec mépris du haut de leur tour, si vous en avez l’occasion, je vous conseille vivement d’aller les voir en concert (vous pouvez d’ailleurs retrouver le live report de leur concert à L’Emporium sur notre site).

12002238_10205077334592603_5430735939401455161_n

C’est encore une bien belle affiche que nous proposait Braincrushing vendredi dernier à l’Emporium Galorium. En effet, Grey Widow (Brighton, UK) et Sons of Tonatiuh (Atlanta, US) nous ont fait l’honneur de faire un petit crochet par Rouen lors de leur tournée européenne. Au programme : du Sludge, du Doom, et même quelques pincées de Punk, le tout à un volume très très élevé. Je tiens d’ailleurs à préciser que les deux groupes ont réalisé un split, que vous pouvez retrouver ici.

Malheureusement, Ruines (Post-Black / Sludge, Tours) n’était pas de la partie comme il était prévu initialement, suite au braquage de leur van. On espère tout de même avoir l’occasion de les voir prochainement dans nos froides contrées normandes.

On chausse ses boules Quies, obligatoires, au risque de laisser nos tympans et éventuellement quelques miettes de cervelle sur les murs déjà peu ragoûtants de la cave du bar, on prend un Kinder et quelques bonbons pour la route (vous a t-on déjà dit que monsieur Braincrishing, a.k.a. Jordan, offre à chaque concert de quoi ne pas finir sourd et des sucreries ? Vous savez ce que ça veut dire pour un béhavioriste ?), et on y va.

grey

Setlist : X, III, Obey, VIII, IX

Grey Widow s’installe. On peut lire que le groupe s’est formé sur les cendres de Dopefight (Sludge), Parole (Sludge / Crust / Doom) et The Ergon Carousel (Punk / Noise Rock / Grind / Tralala). Les musiciens n’en sont donc pas à leur premier coup d’essai dans le genre, à savoir le Sludge / Doom. Je jette rapidement un œil à leur page Facebook : « Nihilistic Putrid Fuckin Hatred », clame leur photo de couverture. Ma curiosité est à son maximum. D’entrée, on s’attend à un son gras et à une avalanche de parpaings.

Les premières secondes du set s’apparentent à un ras de marée. Le groupe joue si fort que le son, presque palpable, nous heurte de plein fouet. Lorsque le bassiste (face à son ampli, dos au public la grande majorité du temps, pour un maximum de Drone) frôle les cordes de son instrument, c’est le public qu’il vient frapper à coup de poing dans la mâchoire. Il faudra un léger temps d’adaptation avant de se familiariser avec les sensations physiques engendrées par la musique et réussir à aller outre cette impression d’avoir perdu tous ses repères. Et par on ne sait quelle prouesse technique, malgré un tel amont de décibels, on distingue parfaitement la voix et chaque instrument.

Alors que les musiciens sont installés bien tranquillement sur scène, le chanteur, duquel émane une certaine froideur (alors qu’en réalité, il s’avère être quelqu’un de très sympathique !), est au plus près du public. Le chant est assez classique et ne se différencie par de ce que l’on peut entendre habituellement dans le genre. Toutefois, celui-ci est propre et bien maîtrisé. On en demande pas plus. La voix principale est d’ailleurs soutenue par celle du guitariste, qui assure les backing vocals. Alors qu’en studio, la combinaison des deux voix peut parfois sembler un peu étrange, le rendu live, quant à lui, est plutôt intéressant, et donne du relief à l’ensemble.

Le son de la guitare ainsi que ce fond très drone créé par la basse ne sont pas sans nous rappeler Sunn O))). Parce que Grey Widow, c’est aussi l’art et la manière de donner à ses compositions Sludge / Doom ce je ne sais quoi de bruitiste qui nous captive. Malgré tout, le groupe a su placer des passages plus mélodiques, permettant aux non adeptes des longueurs d’onde venant du fin fond des abysses d’y trouver leur compte.

Le temps passe à une vitesse vertigineuse, et le set se termine comme il a commencé, poisseux, suintant la haine. Le public est conquis, même si les âmes les plus sensibles ont dû quitter la salle en cours de route. Avouons que c’était une sacrée expérience. C’est donc un sans faute pour Grey Widow !

Le changement de plateau se fait en deux temps trois mouvements. Rapidement, les américains de Son of Tonatiuh prennent les commandes. On change d’ambiance, mais pas radicalement non plus : mettez le drone et la haine au placard, faites place aux gros riffs et aux rythmiques punks sur fond de Sludge.

n

Si ce papier traîne depuis des jours, c’est à cause de mon incapacité à écrire quelque chose pouvant rendre honneur à la musique de SoT. En effet, sur le moment, j’ai aimé leur prestation, les morceaux joués pendant le set, le jeu de scène, la manière qu’avait le bassiste de faire sonner ses cordes, le mélange de la voix lead (cependant bien trop basse par rapport aux instruments pour que l’on puisse l’apprécier à sa juste valeur) et des backing vocals qui se mariaient à la perfection, la batterie très punk, rendant l’ensemble plus sautillant qu’écrasant, comme on peut s’y attend habituellement dans le Sludge…

Mais paradoxalement, je ne peux pas dire que ce show m’ait marqué. Habituellement, on aurait tendance à reprocher aux concerts organisés par Braincrushing de faire traîner les changements de plateau, mais, cette fois, celui-ci a pu nous paraître trop court . Ayant encore la tête embuée et le cœur remué par la musique de Grey Widow, un temps de latence un peu plus long aurait été appréciable (mais cela n’était pas faisable à cause de certaines contraintes horaires). Je vais donc m’arrêter ici, ne pas m’étendre en blabla inutiles et te conseiller fortement d’aller jeter une oreille à leur musique.

On vous donne rendez-vous prochainement pour la chronique de l’album de Grey Widow !

 

Wormfood est un groupe originaire de Rouen, qui a réussi à se faire un nom dans l’hexagone grâce à son death metal progressif.

Posthume (2010) est le dernier album de Wormfood en date  si on exclue Décade(nt), leur compilation qui a vu le jour en 2012. Il se détache clairement du reste de la discographie du groupe, mettant de côté la touche death au profit d’arrangements plus doom, et d’un ambiance générale beaucoup plus sombre. Mais le principal atout de cet opus, ce sont les textes.

Les Noces sans Retour, premier titre de l’album, donne le ton dès les premières secondes : une voix emplie d’amertume, un cocktail d’émotions et de rage, aussi bien dans les paroles («Ce n’est pas la peine d’ouvrir la bouche, je devine que tu vas mentir, et pourtant tes silences m’étouffent, je sais qu’il faut s’attendre au pire») que dans l’instrumentation, le rythme de la musique suivant l’affrontement qui se déroule. L’influence Type O Negative, bien que présente sur tout l’album se fait particulièrement sentir sur ce morceau (peut-être à cause de l’intervention de Paul Bento à la sitar sur le dernier break). On retrouvera cet esprit sur l’intégralité de l’album. La Vanité des Amants vient enfoncer le clou d’un cran de plus. Son atmosphère est encore plus pesante, faisant écho à tous les sentiments négatifs présents chez l’auditeur, notamment grâce à la basse, très lourde.

Outre le conflit inter-individuel, Posthume aborde aussi le thème de la plus violente des batailles, celle menée contre soi-même, à travers Troubles Alimentaires. Très percutant dès le début, ce morceau traite la problématique de l’image de soi telle qu’on se la représente et de l’obsession de l’image que l’on revoie aux autre, au point où cela devient pathologique. Le rythme lancinant prend le dessus des breaks relativement lourds, agrémentant le malaise. Ici, c’est au piano que Paul Bento intervient. Passage à Vide suit la lignée des titres précédents. Les quelques accélérations, flirtant avec le thrash ajoutent une note de folie à ce tableau déjà très sombre. On notera la présence de très bons solos, et l’intervention opportune du piano. On enchaîne avec Salope (voir ci-dessous), titre équivoque, aux paroles qui parlent d’elles-mêmes («Je préférerais te savoir morte plutôt qu’heureuse à ses côtés. Le deuil me paraîtrait léger, si c’était sous la terre que tu couchais»). L’aspect plutôt simpliste de ce morceau, composé d’une guitare acoustique  accompagnant le chant sur les premières minutes, ne rend pas pour autant son impact plus doux, bien au contraire. La simplicité de la musique renforce le poids des mots.

Il ne faut rien attendre de plus léger pour conclure l’album. Des Hauts et des Bas , reprise sublime et inattendue de Stephan Eicher, continue sur la même lancée. Enfin, EWB28IF viendra fermer l’album, les orgues  funèbres ayant une allure d’enterrement. Belle métaphore musicale, en guise de dernier morceau.

En bref, Posthume, sur lequel El Worm a plus une place de conteur que de chanteur est une ode au malaise, au conflit et à l’aigreur. Certains pourront même y trouver une certaine dose de douce folie. Bien qu’éprouvant émotionnellement si tant est que l’on soit sensible à ce genre de thème et de sonorités, cet album a su tirer brillamment son épingle du jeu.

Le groupe enregistre actuellement un nouvel album, attendu avec impatience.

Tenta