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The Von Corda (anciennement J. Von Corda & The C. Southern Poison Light – bien moins facile à retenir, je vous l’accorde-), groupe français originaire de Toulouse ont enregistré trois EP, de cinq titres chacun, entre septembre 2014 et février 2015, intitulés Carnation #1, Carnation #2 et Carnation #3. Avant de continuer votre lecture, je vous invite à regarder ces trois pochettes dans le détail, parce qu’elles sont sacrément classes.

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Difficile de parler d’un EP sans parler de tous les autres, tant les trois opus semblent indissociables. Von Corda nous offre un son teinté de folk, de noise, et même de quelques touches de post-rock par-ci par-là. Parfait pour déverser ses états d’âme pleins d’amertume.

On peut classer les morceaux de Carnation en deux catégories : il y a les morceaux chantés, avec une voix masculine, et les spoken words, avec une voix féminine cette fois-ci. Globalement, chaque titre est plutôt court, et ne dure pas plus de 3 minutes 30.

Voici quelques petites choses à retenir sur chacun des EP :

Carnation #1 (release : 22/09/14) : Jerk, morceau plus Rock’n’Roll que le reste de l’EP. On apprécie aussi Amour, morceau minimaliste nous rappelant vaguement Noir Désir, du moins au niveau de l’ambiance. Ici, c’est la voix qui fait tout.

Carnation #2 (release : 11/10/14) : Certains morceaux, notamment Le Grand Mouvement ou A621 ne sont pas sans nous inspirer un savant mélange de Noir Désir et de Louise Attaque. Dans Cul de sac, la technique vocale évolue pour arriver à mi-chemin entre chant et spoken word.

Carnation #3 (release : 11/02/15) : Avec Tocsin, on entre dans la sphère nébuleuse des morceaux de plus de 5 minutes. On sent nettement l’influence des Pixies et de Radiohead, sans pour autant tomber dans le cliché de la pâle copie. Affût se réfugie dans le noise : des samples de radio que l’on règle, des effets sur la voix la rendant très artificielle… Et enfin, le très post-rock Sucre, qui mêle les deux voix avec lesquelles nous nous sommes familiarisées depuis le début de l’aventure Carnation.

On constate une nette progression dans la composition et l’interprétation, surtout dans Carnation #3. En effet, à partir de là, le groupe ne lésine plus sur les effets, les compositions semblent mieux construites, et les voix plus maîtrisées. Malgré tout, le groupe reste fidèle à son identité et, sans se faire d’infidélité, nous montre la manière dont il est capable d’évoluer. Affaire à suivre !

Un Automne de Plus est un duo né en 2010, initialement originaire de La Rochelle, maintenant basé à Paris : Rom1 au chat et à la guitare, Moon à la batterie. En février 2015, le groupe nous faisait découvrir son EP Qu’adviendra t-il de nos Souvenirs, doux mélange de Post-Rock et de Screamo, agrémenté de quelques touches de Shoegaze savamment distillées.

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Cet EP, disponible aussi bien en format numérique qu’en CD (démarche que l’on apprécie toujours, une Cdthèque n’étant jamais trop pleine) se compose de quatre titres, plus un bonus track. Avant toute chose, la pochette (signée Un Automne de Plus & Po Basic), ainsi que le titre retiennent notre regard et notre attention. On ne juge pas une œuvre à sa couverture, encore moins à son titre, mais un artwork agréable est, à mon sens, toujours un plus, particulièrement lorsque l’on propose un format physique.

Musicalement, si vous aimez le Post-Rock à la fois accessible et nuancé, instrumental ou pas, je ne peux que vous conseiller de vous arrêter un instant. Un Éternel Recommencement, courte introduction de 45 secondes annonce la couleur. L’instrumentation froide et minimaliste accompagnée sur la fin de samples de voix (que l’on retrouvera à plusieurs reprises dans l’EP) produit une ambiance lourde, presque inquiétante. S’en suit sans transition Presque Mort et ses premières minutes aux riffs agressifs, mais sacrément efficaces. Mais ce morceau ne se contente pas de nous lancer des briques en pleine face : en effet, l’ambiance devient plus mélodique, purement post-rock. Les samples et la voix du chanteur s’additionnent à la douce instrumentation, lui donnant de la profondeur, par effet de contraste. A mon sens, en ce qui concerne la composition, ce morceau est très certainement le plus abouti, le plus recherché.

Vient ensuite Explosions, morceau instrumental (je ne vous cacherai pas que c’est ici que va mon coup de cœur, étant une adepte des instrumentaux), beaucoup plus apaisé, mais pas plus apaisant pour autant. Le groupe a su garder l’apparente légèreté envoûtante propre au post-rock, sans mettre de côté sa signature mélancolique. Que Nous Reste t-Il prend une direction toute autre. On en oublierait presque la lourdeur des morceaux précédents tant celui-ci nous paraît entraînant, grâce aux quelques accents punk qui arrivent à s’immiscer. Ici, la voix de Rom1 est très communicative, dégoulinante d’émotions. Le morceau se finit sur un monologue samplé, tel une conclusion à tout ce chaos. Puis arrive Le Temps qui Passe !, en bonus track. Une mélodie minimaliste, des samples de voix. L’EP se termine de la même manière qu’il a débuté. La boucle est bouclée. Tellement qu’on se le réécouterait bien une nouvelle fois. Ou deux.

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Malgré quelques petits défauts, notamment au niveau de la voix, que l’on aimerait parfois un peu plus expressive, Qu’adviendra t-il de nos Souvenirs est un EP de qualité. On appréciera le chant en français (ou pas, là dessus, chacun ses préférences), les paroles ayant leur importance dans l’ambiance musicale globale. D’ailleurs, la recette samples + post-rock n’est pas sans nous rappeler la démarche d’autres groupes français du même genre, tels que Zéro Absolu ou Lost in Kiev. Bref, Un Automne de Plus, sans vraiment sortir des sentiers battus, nous offre un son bien à lui. On ne leur en demande pas plus.

Vous pourrez les retrouver en live le 30 janvier 2016 à Bruxelles pour le MCP Apache for the Metal Fest.

TOBOGGAN est un groupe de Post-Hardcore rouennais formé fin 2013 par d’anciens membres de Venosa, Juggernaut, The Birds End et de Cavalry. En janvier 2015, le groupe sort son premier EP composé de trois titres, sobrement appelé TBGN.

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C’est dans une jolie pochette carton que TOBOGGAN nous livre son EP. Si vous les avez aimé en live, vous les aimerez aussi en version studio. En effet, que ce soit sur scène ou sur CD, le groupe ne néglige pas ses principaux atouts, à savoir une bonne dose d’énergie sur fond de Post-Hardcore qui parlera aussi bien aux amateurs de musique énervée qu’aux cœurs plus tendres.

Prayers of Dust, le premier morceau, ne nous ménage pas. C’est un raz-de-marée sonore qui s’abat. Des riffs énergiques, une voix puissante, sans pour autant que le travail de composition ne soit négligé. Ce titre est un avertissement : TOBOGGAN a plusieurs corde à son arc, et n’hésitera pas à en abuser, pour notre plus grand plaisir.

There’s a Storm Coming parlera immédiatement aux amateurs de Post-Rock à l’instrumentation travaillée. C’est sur un orage que le morceau débute, comme pour annoncer ce qui suivra. Cette mélodie lancinante, saisissante, est à peine troublée par l’intervention du chanteur. Bien au contraire : celle-ci ne fait que renforcer l’impression d’être à la merci du flot d’émotions qui se déverse dans nos canaux auditifs. Et puis les choses s’accélèrent, sans pour autant briser cette spirale infernale dans laquelle le groupe nous a entraîné, sans nous demander notre avis. On lâche prise, et on se vautre sans la moindre gêne dans ce que TOBOGGAN nous offre. Bref, un petit bijou.

La voix durant la première minute de Black Screen / Sleepless Night donnerait presque un petit air de Post-Punk au morceau… du moins, jusqu’à ce que les choses sérieuses reprennent. Voilà une parfaite illustration du rentre-dedans sur fond de mélancolie. On aimerait pouvoir s’abandonner à la rage qui dégouline de toute part, mais quelque chose de plus insidieux fait rempart, nous clouant au sol. C’est avec une fascination malsaine que l’on savoure l’ambivalence de ce morceau.

Pour un premier EP, TOBOGGAN place la barre très haut ! Rien ne semble avoir été mis de côté, que ce soit sur le plan des compositions, de la technique, ou de la qualité du son. De même, l’ordonnancement des morceaux et leur complémentarité nous donne un large aperçu du potentiel du groupe. On regrettera peut-être le fait que ces treize minutes passent très très vite. On espère en tout cas les retrouver prochainement pour quelque chose de tout aussi prometteur.

N’hésitez pas à télécharger et partager. TBGN est en téléchargement à prix libre sur le Bandcamp du groupe. Soutenez la scène underground, faites un don !

Les habitués de la scène locale ont très certainement déjà entendu parler de Sounds Against Vultures. Pour les autres, faisons les présentations. SAV est un groupe havrais formé en 2010. C’est quatre ans plus tard que leur premier EP, Write your Pain, vit le jour. L’enregistrement, le mixage et le mastering sont signés Eric Docteur (Studio des Docks), et la très jolie pochette est l’œuvre de Wobadé (je vous conseille d’ailleurs vivement d’aller jeter un œil à son travail : http://wobade.com/). Le groupe évolue dans un univers teinté de Rock Noise, mêlé à quelques touches Hardcore.

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La première écoute est assez déroutante lorsque l’on a découvert le groupe en live. En effet, les compositions semblent plus posées, moins pêchues. Fort heureusement, cette impression est vite balayée après quelques écoutes. D’entrée, bien que les influences de SAV se font légèrement sentir (Neurosis, Fugazi, Noir Désir, Sleepers…), le groupe impose sa recette bien personnelle, difficile à assimiler à un genre ou à un groupe bien particulier. L’originalité est de mise !

C’est Write your Pain, morceau éponyme, qui introduit l’EP. Dès les premières secondes, SAV nous présente sa marque de fabrique : un savant mélange de riffs bien lourds, de mélodies entraînantes, et une voix transpirante d’émotions, sans jamais se vautrer dans l’excès. La structure de ce morceau reste assez classique, mais les variations sont suffisamment présentes pour permettre à l’auditeur de ne pas se lasser. On savoure particulièrement les plages instrumentales, et la manière dont les guitares semblent se faire plus discrètes sur les couplets, faisant ainsi de la voix un instrument à part entière, se mêlant harmonieusement à l’ensemble.

On enchaîne sur Naufragés. Ici, la voix semble légèrement plus en retrait et la mélodie plus enragée, rendant l’ambiance générale du morceau très pesante. Le sentiment de malaise s’accentue quand le chanteur troque son chant crié contre une voix claire, presque parlée. La structure est assez linéaire et répétitive, alimentant la sensation d’être prisonnier d’une spirale infernale dont il est difficile de s’extraire.

Bleeding vient nous sortir de là, à coup de « Wake up now ! ». Fini les ruminations, il faut que ça bouge ! Ce morceau bourré d’énergie, un peu plus léger, mais toujours aussi furieux nous fait sortir de notre torpeur, comme un coup de fouet qui nous rappelle à l’ordre. Belle manière de maintenir l’attention de l’auditeur !

Et puis, c’est tout naturellement que L’humanité succède à Bleeding. SAV semble être ici au sommet de son art, autant par la puissance des riffs que par la longueur des plages instrumentales très habilement agencées. A ce stade de l’EP, on commence à réaliser que l’ordonnancement des morceaux a été savamment pensé. Depuis le début, le groupe nous raconte une histoire, que chacun interprétera à sa guise.

Le temps passe vite quand on s’amuse. C’est déjà l’heure du majestueux Break, en guise de conclusion. La pression retombe un peu. Puis vient la montée en puissance. Ce morceau a tantôt une allures Prog, tantôt une allure Post-Rock. SAV met ici en avant sa capacité à bâtir quelque chose qui lui est propre en mélangeant des tonnes d’ingrédients qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres. Il faudra attendre la quatrième minute pour que le chanteur se manifeste, comme pour nous dire au revoir. Et le rideau tombe.

Cet EP est disponible à prix libre sur leur bandcamp, n’hésitez pas à le télécharger contre un petit quelque chose!

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Tiens ami lecteur, cela fait longtemps que je n’ai pas chroniqué de Hardcore (le dernier en date, c’est Alea Jacta Est) et c’est dans un petit coup de chaud, suite à une critique comme l’aiment les gens comme moi, qui bosse en Freelance, que je me suis lancé Sensorial Damage, un petit groupe proposé par Go Music France pour que j’en dise ce que je pense et pour bien me défouler. Bon, tu te rendras compte lecteur qu’au final, j’ai été très mitigé, commençons par le début…

Originaires de Poitiers, Matthieu (batterie), Mattéo (guitare et chant), Guillaume (guitare et chant), Moussa (basse) et Antoine (frontman) sont apparus dans le paysage coreux poitevin vers mai 2010. Ils nous font un métal hardcore teinté de touche de metalcore (mais refuse l’appellation modern metalcore) et qui en ont dans les baskets, mate un peu ça :

La seconde place du tremplin Helloween fest 2014, la demi-finale du Fallen fest 2014, une Ppestation à Zo Prod de l’année 2014, un Second prix du concours Crouss musical de Poitiers et une 2ème édition du Brutal Night Fever. Une rafle de prix et de prestations en 2014, assez pour attiser ma curiosité.

J’ai donc choppé quatre morceaux de leur EP pour découvrir ce groupe et dire ce que j’en pense.

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Ce que le dragonnet en pense

New Mind est le premier titre que j’ai écouté, c’est là déjà qu’on peu voir le doublé hardcore/metalcore. La compo est claire, assez libre et pas franchement agressive, alors que la voix est tout autre, grave, violente, Antoine crache dans le micro et se déchaine de façon à ce qu’on comprenne bien à qui ont a à faire. Et justement, a qui avons-nous à faire ? New Mind et ses petits accents metalcore ouvrent le bal et déjà, première grimace : c’est bien trop commun. Même si c’est agréable à l’écoute, que la piste te démange un peu, en dehors tu restes stoïque. Rien à dire sur la compo qui est variée et qui lorgne plus sur le metalcore que sur le hardcore lui-même.

In – Out  démarre de la même façon, avec encore une fois cette note de metalcore dans la compo. Le morceau se veut plus énergique que le précédent, avec des riffs beaucoup plus accrocheurs et un refrain qui bombarde bien, sûrement plus sympa à voir en live avec une dizaine de coreux agglutinés sur la scène en levant le poing ! Plus dynamique, plus violent (malgré l’atténuation constante que donne le côté metalcore), In – Out est l’un des morceaux phares de l’EP.

 

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Face To Disgust dégage le côté metalcore pour vraiment tomber dans le bon vieux hardcore. Des quatre morceaux, c’est le plus rapide dans sa compo, le plus violent dans sa voix. Bref, c’est du hardcore qui créée les moshpit et les pogos. Le morceau nous offre des riffs plus nerveux jusqu’au milieu où la guitare nous montre de quel bois elle est faite avant de se relancer, toujours aussi nerveusement. La fin du morceau ralentit la cadence et se laisse aller à un moment de pur instru qui prépare le dernier morceau, Endless Sunset.

Endless Sunset commence un peu comme les trois autres, violemment, on ouvre la porte de chez toi pour te gueuler dans les oreilles. Et puis subitement, même pas un quart du morceau passe et cette rage se dilue à travers un long passage qui restera pour le reste du morceau et qui pourrait être jugé d’atmosphérique, la voix en second plan. Endless Sunset termine donc l’EP sur un hardcore atmosphérique, assez étrange… On ne sait pas où cela nous emmène, mais le morceau se termine lentement, comme pour calmer toute l’énergie dépensée lors de ses quatre titres…

Alors, quoi de neuf docteur ?

Chroniquer du hardcore, ce n’est pas simple… Vous avez surement eu le droit un jour à cette réflexion typique « ouais, mais le hardcore, c’est toujours la même chose », le genre de phrase qui me fait bien rire !

Malheureusement, Sensorial Damage, ce n’est pas ça… Il n’y avait aucune raison de faire une mauvaise chronique, mais aucune non d’encenser le groupe non plus. Pour l’instant, Sensorial Damage se noie parmi les autres groupes au hardcore beaucoup trop commun, même l’aspect metalcore ne change rien… Il manque le truc, ce putain de truc qui va te faire remuer chez toi, le truc qui va mettre te mettre le groupe dans ta playlist « retour du travail – envie de tuer le patron –divorcer à coup de boule de ma femme ». Bien entendu, cette critique n’engage que moi.

« Alors tu expliques comment leur réussite ? ». Le live ! Bon dieu, le live ! Le hardcore est une musique scénique, que tu écoutes pour libérer ta rage et t’oublier un peu dans tout ce bordel auditif qui va rarement te laisser une part de ton âme une fois perdu dans un moshpit. Sensorial Damage, je ne les ai pas vu sur scène et c’est ça qui pêche, car le groupe doit avoir un tout autre jeu qui changerait certainement ma vision des choses.

Je te le dis lecteur, cette chronique est naturellement faussée… Sans avoir vu le groupe jouer, je ne peux clairement pas donner mon avis plus que ça. L’EP n’est pas indispensable pour moi pour l’instant. Pourtant, si je vais à l’un de leur concert et que je reviens sur cette chronique, j’aurai sûrement plus de choses à dire, plus de choses à creuser. Bon ou mauvais ? Je ne donne pas mon avis et je peux déjà mettre ce groupe dans la catégorie « à revoir » de Rock’in Radio et ça sera surement le cas, je n’aime pas faire les choses à moitié.

 

Des liens, plein de liens :

C’est au Bureau, sur les quais de Rouen, que je suis accueilli par Loïc et Cédric, membres du groupe Snake Oil. Au lieu d’une simple chronique, j’ai directement été les voir pour découvrir Snake Oil pour une interview du groupe, de leurs influences et de leurs projets. Pour la petite histoire, cela fait un moment que Snake Oil devait passer sur Rock’in Radio… Il vaut mieux tard que jamais ! En piste !

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Salut Loïc, salut Cédric et merci d’avoir accepté cette interview pour parler de Snake Oil, mais avant tout, présentez-vous en quelques mots.
Loïc : Je suis le bassiste du groupe, présent depuis le début avec Nico, le chanteur. À côté de ça, je suis professeur, dessinateur et poète à mes heures perdues.
Cédric : Je suis le batteur depuis janvier 2014 et dans la vie de tous les jours, je suis musicien classique à l’opéra de Rouen.

 

Alors vous êtes avec moi aujourd’hui pour parler de Snake Oil… Parlez-moi un peu de ses débuts, de sa construction et surtout, pourquoi ce nom ?
Loïc : Au tout début, avec Nico, on n’avait pas de titre… c’était plutôt la phase de recherche, de composition. Nico avait déjà eu une précédente formation et en 2010, on a trouvé un batteur, un deuxième guitariste, tous avec leurs univers musicaux. Les compos se sont enchainées et très vite, on a enregistré le premier EP et le premier album. Au début, on s’appelait pas Snake Oil, on avait un autre nom (je m’en souviens plus !), mais ça ne le faisait pas, alors en cherchant et en composant l’image du premier album, on c’est dit qu’on avait une musique à la fois chaude et désertique, qu’il nous faillait un nom qui rappelle le sable chaud, la graisse, l’huile… Snake Oil nous plaisait bien et puis ça rappelle les remèdes miracles. Le nom rappelait pas mal aussi certains textes, certaines thématiques de Nico.

 

Votre musique guérit toutes les âmes alors !
Loïc : On verra bien, c’est la potion magique, celle qui soigne tout les tracas (rire).
Du coup, Cédric, tu es arrivé en 2014. Comment c’est déroulé ton entrée dans Snake Oil ?
Cédric : Déjà, c’est mon premier groupe. Je faisais un peu de batterie de temps en temps et j’ai pris trois ans de cours avec Alexis Damien (personnage assez connu sur Rouen) et c’est Marc (le nouveau guitariste) qui m’a dit que le groupe cherchait un batteur. J’ai essayé et apparemment, ça leur a plu (rire). J’ai écouté leurs compos, j’en ai appris quelques une et on est parti tout de suite à la création de nouvelles compos !

 

Effectivement, le premier album est arrivé assez vite, de ce que j’ai compris ?
Loïc : On a mis à peu près un an pour le faire. Nico est moi avions pas mal bossé dessus. Nico est une grosse partie de Snake Oil, puisqu’il a fait le gros de la composition et des textes. Après, on a chacun apporté nos univers, nos idées. C’est ce qui fait ce mélange intéressant. On avait déjà pas mal de travail donc et on a tous proposé au batteur et au guitariste de l’époque, ce qui à permis d’enchaîner aussitôt ! On a enregistré un an après.

 

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Dans votre bio, vous dites avoir eu un style plutôt grunge, puis vous êtes partis sur le stoner. Pourquoi ce revirement ?
Loïc : C’est une question qu’on se pose justement ! On essaye de nous caser, en nous demandant dans quel tiroir Snake Oil se range. On a plein d’influences, chacun apporte sa pierre à l’édifice et c’est ce qu’on met dans Snake Oil et qui produit notre musique. Après pour la classer ? Il y a des traces de grunge, un peu de stoner, du rock, voir du hard, du heavy, plein de choses comme ça…
Cédric : On est plus stoner crossover.
Loïc : Ouais, un bon gros « désert rock ». Je ne suis même pas sûr que ça existe, mais si j’y pense, c’est que ça doit forcement l’être ! Mais quand tu regardes la bio du stoner, il y a plein de sous-genres, selon l’endroit et le style musical. Le principal, c’est que de notre côté, ce qu’on fait nous représente.

 

Vous avez sorti un EP cette année, Atlar of Lies. Pouvez-vous m’en parler ?
Loïc : C’était au moment où Marc est arrivé, on avait un nouveau morceau en tête et du coup, c’est encore parti très vite. C’est devenu la nouvelle monture de Snake Oil, plus rock, plus dur, plus rocailleux.

 

 

Du coup, où l’avez-vous enregistré ?
Cédric : On l’a enregistré avec mon ancien prof de batterie, Alexis Damien, qui a ouvert un studio rue des bons enfants. Encore une fois, ç’a été rapide, en quatre jours sans sortir du studio avec un peu plus de temps pour le mixage. Le tout dans une bonne ambiance et c’était mon premier studio.
Loïc  : On en garde un bon souvenir. On avait déjà travaillé les titres, composés depuis un certain temps. Ça nous a permis une certaine liberté et d’avoir moins de pression derrière.

 

Quelles sont vos influences ?
Cédric : Je n’y connais pas grand-chose en stoner, je suis plus du genre heavy, thrash, le traditionnel on va dire !
Loïc : Comme je le disais tout à l’heure, on a plein d’influences, chacun de notre côté. Moi, je suis très grunge, très stoner, mais aussi le heavy des années 80 comme Iron Maiden… mais tout ce mélange se mêle très très bien et avec le premier album, il y avait des références du genre : « ça ressemble à du Soundgarden », « tiens, la on retrouve du Alice in Chains » par petites touches, mais ça restait du Snake Oil, notre Snake Oil.

 

S’il y avait quelque chose à changer de votre premier album, ça serait quoi ?
Loïc : Si tu écoutes le premier album, puis l’EP, l’ambiance est différente, plus soft. Même le son n’est pas le même, plus… Je ne sais pas… Volupté ? Dans l’EP, il y a une rythmique qui t’emporte dans ce fameux désert un peu perdu. C’est un son plus « sale ». je pense qu’on pourrait lui faire prendre plus d’ampleur, plus de son dans la prod’. Je pense qu’on pourrait se permettre de réenregistrer ces cinq titres-là.
Cédric : Beaucoup de choses ont évolué, je mets beaucoup plus de doubles pédales de mon côté (surtout en live). Les choses avancent et chaque fois qu’on joue, on peaufine nos morceaux.
Loïc : Pour le mois de juin, on a un concert qui nous demande un set plus particulier, l’occasion de sortir nos anciens morceaux et on va retravailler ça, pour que ça ressemble à l’EP actuel.

 

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Votre dernier concert était à Paris, une première fois et avec un groupe connu de Rock’in Radio, Beyond the Styx. Quel souvenir en gardez-vous ?
Cédric : Oh bah super !
Loïc : Royal ! Très bonne ambiance, l’endroit… je ne m’attendais pas du tout à ça. Parfait pour y jouer, l’orga au top. Sans parler des autres groupes qui étaient tous géniaux !
Cédric : Pour nous, c’était un challenge. C’était une affiche très très métal. Nous, on débarque pour ouvrir les hostilités avec deux groupes de death après et ce n’était pas gagné d’avance, mais finalement les gens se sont mis dedans et sans avoir un truc de fou, c’était génial !
Loïc : c’est notre style, notre rage… on s’impose, comme le veut la couleur de l’EP.

 

Quels sont vos projets pour la suite de l’année ?
Cédric : Préparer ce fameux concert en juin, on a deux sets à préparer, et puis, trouver des dates parce que ce n’est pas forcement facile vu que nous avons chacun un rythme différent (rien que Marc qui a deux autres groupes et bosse sur Paris).
Loïc : Dans l’idée, on veut présenter le projet, prendre de l’importance et se créer un réseau. Et puis, le deuxième album ! C’est aussi bien de composer, de faire ce deuxième album que de jouer en live. C’est nourrissant !

 

Un dernier mot ?
Loïc : Venez écouter Snake Oil, venez aux concerts et si ça vous intéresse de bosser avec nous, n’hésitez pas à venir sur notre page facebook, nous, on est demandeur !

 

Des liens, plein de liens !

Aujourd’hui, on se disperse entre Dijon, Lyon et Annecy pour partir à la rencontre de Curious, gathered & awake, dernier EP en date du groupe de Post-Rock répondant au doux nom de The Beauty The World Make us Hope For. Leur démarche est assez simple : chaque composition fait écho à une histoire vraie, un fait divers, et est remaniée de sorte à « transmettre une vision positive et optimiste de la musique instrumentale mélodique, où le chant laisse la place à la puissance des changements d’intensité qu’offre ce genre ». La messe est dite. On part d’office avec le sentiment de n’avoir juste à presser le bouton « play » pour s’évader, le temps de quelques morceaux.

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La première écoute est agréable, bien qu’il nous soit difficile de saisir la patte musicale de TBTWMUHF. On pense à God is an Astronaut, If These Trees Could Talk, Explosions in the Sky, Sleepmakeswaves, et parfois même à Maybeshewill ou This Will Destroy You. Et puis, sans trop savoir pourquoi, touché en plein cœur par la sincérité qui se dégage de chaque morceau, on lance l’EP une fois encore. On réécoute plus attentivement, pour se rendre compte que la mélancolie ambiante, si familière au Post-Rock est quasi inexistante chez TBTWMUHF.

NB: you can’t meet the figment of your imagination ouvre l’EP de manière théâtrale, grâce à quelques secondes, presque cacophoniques. Puis le chaos se dissipe, laissant place à l’apaisement, parfaitement retranscrit par une instrumentation sans fioritures. L’intensité varie, tout s’emballe de nouveau, nous garde en haleine. Difficile de ne pas faire un bond dans l’enfance, où, les yeux pleins d’étoiles, nous étions pendus aux lèvres du conteur, impatients de connaître la suite de l’histoire.

A travers Margot, margaut, margault, margo, margaud, on s’éveille doucement. La mélodie s’enrichit au fil des minutes, menaçant à chaque instant de se tourner dans quelque chose de plus sombre, comme pour nous rappeler que l’optimisme et la naïveté sont deux choses bien distinctes. C’est ce malaise en arrière plan qui donne à ce morceau sa profondeur et son intérêt.

Enfin, The Lake Will Reappear qui vient clôturer ce trois titres est très certainement le morceau le plus abouti de l’EP, que ce soit au niveau des nuances musicales, de son agencement, de la composition, mais aussi et surtout de ce qu’il dégage. Comparativement aux deux titres précédents, peut-être un peu trop « prévisibles », celui-ci laisse place à la surprise. Les choses arrivent, repartent, se calmes et s’accélèrent, sans schéma distinct.

Pour résumer, TBTWMUHF a su nous bercer grâce à ses récits musicaux, à cette ambiance envoûtante propre au genre, mais qui se démarque nettement par son optimisme, sans pour autant négliger la composition, nous offrant ainsi des lignes mélodiques de qualité. Il ne faut pas s’attendre ici à des envolées musicales grandiloquentes, mais à une instrumentation parfois minimaliste, qui a le mérite d’être sincère à chaque instant. Bref, encore un groupe qui promet de se bonifier avec le temps !

Vous pourrez les retrouver en première partie de God is an Astronaut le 28 avril à Annecy.