Articles Tagués ‘féminisme’

Dans la vraie vie qu’elle est vachement plus moche et triste et dégueulasse que sur les internets, y’a des trucs qui me hérissent méchamment le poil. Féministe inter-sectionnelle et non hétérosexuelle, je suis au taquet sur pas mal de sujets sensibles.

Genre les meurtres de jeunes noirs aux States environ toutes les 2 semaines par des flics blancs.

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Le slutshaming en vogue sur les sites populaires à la 9Gerbe et compagnie.

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La grossophobie ambiante dans les magasins de fringues hors spécialisés.anigif_enhanced-buzz-703-1385146154-36

Les gens incapables de respecter les pronoms choisis par les transexuels/agenders.

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Les chiottes dégueulasses qui servent de bouche à Christine Boutin.

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Etc, etc.

A mes yeux, la communauté « rock/métal » est plutôt masculine et souvent ouvertement misogyne. J’ai été bousculée volontairement à de nombreuses reprises dans des concerts parce que j’avais le malheur d’être une meuf seule avec un sac à l’épaule, trop rigolaule. On m’a déjà tripoté en douce. On se fout de ta gueule.

Ça fantasme allègrement sur les meufs « alternatives » et autres suicide girls en mini-jupe/résilles, mais IRL, t’es une grosse chaudasse et de surcroît une sale fake si tu peux pas donner tous les line-up du groupe dans l’ordre chronologique.

 

Bref, pour une communauté qui se revendique souvent comme discriminée du lycée au marché du travail, y’a un peu BEAUCOUP de taf à faire sur pas mal de points.

Alors que certaines icônes du rock, vénérées par les fans hardcore comme par les lycéens qui découvrent petit à petit ce que cette musique peut offrir, ont méchamment ouvert leurs gueules sur le sujet. Je vais donc me lancer dans une série d’articles sur les Social Justice Rockers, des gens qu’ils sont biens.

Prenez-en de la graine.

 

  • Kurt Cobain

Aaaaahh, Nirvana. Mes années lycée. J’ai toujours un vieux t-shirt tout pourrave XXL bouffé par les trous que je ne jetterais pour rien au monde. On avait trop la pouquette sur Smells Like Teen Spirit et on badait bien sa race sur Something In The Way.

Kurt Cobain, papa du grunge, membre du Club 27 qui a eu l’impolitesse de mourir le jour de mon premier anniversaire, a toujours été profondément féministe et ne s’est jamais caché au sujet des robes qu’il aimait porter.

On ne retient que son addiction, les affres de sa dépression, et sa mort aux circonstances plus que douteuses. Alors que dans la série Social Justice Warriors, ce mec était une perle.

Dans cette vidéo, vous pouvez le voir interrompre la chanson, se lever, et aller défendre une fan qui se faisait emmerder par un mec dans le public, avec une jolie humiliation verbale (désolée pour la qualité) :

 

La chanson Polly traite du viol, et voici un écrit à ce sujet issu de ses journaux personnels:

"C'est comme à l'école, il y avait une classe où on allait, et ils apprenaient aux filles comment se préparer au viol et quand on regardait dehors, on voyait les mecs jouer au foot et on se disait, "c'est à eux qu'il faut apprendre à ne pas violer"."

« C’est comme à l’école, il y avait une classe où on allait, et ils apprenaient aux filles comment se préparer au viol et quand on regardait dehors, on voyait les mecs jouer au foot et on se disait, « c’est à eux qu’il faut apprendre à ne pas violer ». »

 

Il militait également contre le racisme et l’homophobie de manière très active. Ce texte provient de la version américaine de l’album Incesticide :

« At this point I have a request for our fans. If any of you in any way hate homosexuals, people of different color, or women, please do this one favor for us – leave us the fuck alone! Don’t come to our shows and don’t buy our records. Last year, a girl was raped by two wastes of sperm and eggs while they sang the lyrics to our song Polly I have a hard time carrying on knowing there are plankton like that in our audience. »

« Maintenant j’ai une requête pour nos fans. Si l’un d’entre vous hait les homosexuels, les gens de couleur différente, ou les femmes, s’il vous plait faites-nous une faveur – foutez-nous la paix! Ne venez pas à nos concerts et n’achetez pas nos disques. L’année dernière, une fille a été violée par deux résidus de sperme et d’œufs qui chantaient les paroles de notre chanson Polly. J’ai beaucoup de mal à continuer en sachant qu’il y a ce genre de plancton dans notre public. »

Cobain était également en guerre ouverte avec les Guns’n’Roses dont il ne supportait pas l’intolérance.

Nirvana a donné un concert dans un événement contre la Measure 9, mesure homophobe aux USA. Un môme les a abordé en leur conseillant de se réconcilier avec les Guns. Réponse sans appel :

« No, kid, you’re really wrong. Those people are total sexist jerks, and the reason we’re playing this show is to fight homophobia in a real small way. The guy is a fucking sexist and a racist and a homophobe, and you can’t be on his side and be on our side. I’m sorry that I have to divide this up like this, but it’s something you can’t ignore. »

« Non, gamin, tu te trompes vraiment. Ces gens sont des connards sexistes, et si nous faisons ce concert c’est pour lutter contre l’homophobie d’une petite manière. Ce mec est un putain de sexiste et un raciste et un homophobe, et tu ne peux être dans son camp et dans le notre. Désolé de devoir faire une telle division, mais c’est quelque chose que tu ne peux pas ignorer.« 

 

Toujours contre le racisme (journal) :

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« J’aime bien le confort apporté en sachant que les Afro-Américains ont créé le Rock’nRoll, alors qu’ils n’ont été récompensé pour leur succès que lorsqu’ils se conforment aux standards de l’homme blanc. J’aime bien le confort apporté en sachant qu’encore une fois, les Afro-Américains sont la seule race à avoir apporté une nouvelle forme de musique à cette décennie (ie hip hop/rap). »

 

Et toc.

Cobain s’est aussi beaucoup interrogé sur son orientation et son identité sexuelles, comme dans cet extrait d’interview de  1993 pour The Advocate.

« – Because people thought you were gay and you had gay friends, did you ever wonder if you might be gay?

– Yeah, absolutely. See I’ve always wanted male friends that I could be real intimate with and talk about important things with and be as affectionate with that person as I would be with a girl. Throughout my life, I’ve always been really close with girls and made friends with girls. And I’ve always been a really sickly, feminine person anyhow, so I thought I was gay for a while because I didn’t find any of the girls in my high school attractive at all… So I thought I would try to be gay for a while, but I’m just more sexually attracted to women. But I’m really glad that I found a few gay friends, because it totally saved me from becoming a monk or something. »

« – Vous vous êtes déjà demandé si vous étiez gay, vu que beaucoup de gens le pensent et que vous avez des amis gays?

– Ouais, tout à fait. Vous voyez, j’ai toujours voulu avoir des amis hommes avec qui je pourrais être très intime et parler de choses importantes et être aussi affectueux avec eux qu’avec une fille. Au cours de ma vie, j’ai été très proche de filles et je me suis fait des amies. Et j’ai toujours été une personne extrêmement féminine, donc j’ai pensé que j’étais gay pendant un temps car je ne trouvais aucune fille du lycée attirante… Donc j’ai pensé que je pourrais essayer d’être gay quelques temps, mais je suis juste plus attiré sexuellement par les femmes. Mais je suis heureux de m’être fait des amis gays, ça m’a complètement empêché de devenir moine ou un truc comme ça.« 

 

Au final, il se définissait plutôt comme bisexuel :

« I’m definitely gay in spirit, and I probably could be bisexual… If I wouldn’t have found Courtney, I probably would have carried on with a bisexual lifestyle. »

« Je suis définitivement gay dans l’esprit, et je pourrais probablement être bisexuel… Si je n’avais pas trouvé Courtney, j’aurais probablement adopté un style de vie bisexuel.« 

 

Enfin, tiré d’un autre de ses journaux :

I am not gay, although I wish I were, just to piss off homophobes

Je ne suis pas gay, mais j’aimerais l’être, juste pour faire chier les homophobes.

 

Rebelle anti-conformiste au sujet des codes sociaux genrés, genderfluid, transexuelle/agender qui s’ignorait? Beaucoup de citations données en interview font s’interroger les fans.

« I definitely feel closer to the feminine side of the human being than I do the male – or the American idea of what a male is supposed to be. Just watch a beer commercial and you’ll see what I mean. »

« Je me sens définitivement plus proche du côté féminin de l’être humain que du côté masculin – ou de l’idée américaine de ce qu’un homme doit être. Regardez une pub de bière, vous verrez ce que je veux dire. »

 

Pour ce qui est des robes…

« My transvestite period. The only reason I wear a dress is because it’s comfortable and I look pretty. But I’ve got a new thing now. Every once in a while I wear an inflatable love doll. I cut the hands and feet off, slit the back and climb inside.“
« Ma période travesti. La seule raison pour laquelle je porte une robe c’est parce que c’est confortable et je me sens joli. Mais j’ai un nouveau truc. De temps en temps je porte une poupée gonflable. Je coupe les mains et les pieds, j’ouvre le dos et je rentre dedans. »
Impossible pour moi de trouver plus d’infos sur la dernière partie de la citation, donc je ne saurais dire s’il s’agit d’une blague pour se foutre de l’interviewer ou si c’est vrai.
En bref, Kurt Cobain n’était pas juste un rebelle de la life, un junkie, l’un de nos héros d’adolescence. C’était un militant impliqué sur tous les fronts, en plein questionnement sur sa sexualité, qui n’a jamais eu honte de ce qu’il était/pouvait être et souhaitait ardemment que chacun puisse faire de même.
Sur ce je vais m’écouter le MTV Unplugged en boucle pendant 4h.
Sources :
  • Extraits de ses journaux intimes publiés dans Journals (éditions Riverhead). Je suis à peu près certaine que Camion Noir avait publié un livre similaire, mais je ne le retrouve pas sur leur site. Vous n’aurez aucun mal à vous procurer un bouquin reprenant ses écrits personnels cependant, ça vend bien les mots des malheureux.
  • Extraits d’interviews données pour la presse. Il vous faudra être anglophone la majeure partie du temps pour pouvoir les lire en intégralité sur le net, même si certaines, comme celle-ci, proposent une traduction complète.
  • Le Wikipédia anglais propose pas mal de liens intéressants sur d’autres aspects de sa vie (encore une fois, pour anglophones).