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Prof de musique très cher à Tenta qui l’a rencontré au lycée, Christophe Queruel fait des soirées de reprises rock qui fleurent bon les 70s. Vendredi 12 juin, il était justement au Café Noir à Rouen, où il a joué de 19h à 23h tout seul avec son instru, sa voix et sa guitare. Avant de faire notre livereport de la soirée, on lui a posé quelques questions.

 

Cristophe Queruel, chanteur, guitariste, homme de multiples talents… Pour commencer un peu large, expliquez-nous ce que vous faites.

L’idée m’est venue par une accumulation de frustrations, parce que j’en avais marre de monter des groupes qui se défaisaient pour x ou y raison. Un jour, en 2008-2009, je faisais des exercices de guitare chez moi avec des mp3 instrumentaux qu’on trouve gratuitement en ligne pour s’entraîner, et j’ai vu aussi d’autres choses, par exemple sur youtube on trouve pas mal de karaokés… Et tout d’un coup les 2 idées se sont télescopées, ça m’a rappelé un lointain souvenir d’un mec que j’ai vu en Grande Bretagne quand j’étais assistant en 1989, qui s’accompagnait d’une machine et jouait et chantait de la guitare en même temps. C’était en 1989, tu feras le calcul toi-même, c’était à Birmingham, et ce mec-là m’a complètement scotché quoi. Et tout d’un coup en pensant à ça, je me suis demandé « pourquoi je ferais pas la même chose ? ». Depuis je ne suis jamais revenu en arrière, et pour moi c’est terminé le problème des groupes. La seule chose qui puisse ne pas marcher, c’est l’ordinateur, et les instruments évidemment.

 

Lors de ces soirées, vous faites des reprises de grands tubes rock. Est-ce qu’il vous arrive quand même de composer à côté ?

Alors en fait, j’ai composé quelques chansons par le passé. Même y’a très longtemps, plus de 25 ans, j’ai réalisé une paire d’albums solo, qui sont bien cachés chez moi. Mais en fait, j’ai un petit peu renoncé aux compositions personnelles, parce que je me dis, certainement à tort, que les gens quand ils viennent dans un établissement, c’est pour s’amuser, boire, et entendre de la musique qu’ils connaissent. Si c’est des choses pas du tout connues, ça risque de les rebuter, et généralement quand la musique plaît pas, la clientèle s’en va, et ça, ça plaît pas au patron. C’est bassement mercantile ce que je dis, mais voilà. Sinon, pour moi personnellement, pas mal de monde m’a déjà demandé si je peux réécrire des morceaux, écrire des chansons. J’en ai déjà fait plein en anglais, quelques unes en français, j’en ai des tonnes mais j’ai arrêté tout simplement. Avec les progrès de la technologie, j’aimerais avoir du matériel suffisamment performant, avec des logiciels comme Pro Tools, qui permettent de composer, d’enregistrer chez soi, tranquillement, sans avoir la pression d’un producteur, d’un ingénieur du son, d’un directeur artistique, d’une maison de disques, etc. Je veux être totalement indépendant et responsable de tout ce que je vais faire.

 

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Vous êtes un amoureux du rock. D’où vient cette passion ?

Déjà, mes parents écoutaient de la chanson française, mais ils avaient aussi un peu un œil sur la scène anglaise de l’époque, et je me rappelle que parmi leurs albums, ils avaient Dark Side of the Moon de Pink Floyd. C’est un album que j’ai écouté quand j’avais 9-10 ans. Y’avait aussi les Rolling Stones, mais je m’y suis mis un peu plus tard, je pensais que c’était un peu de la musique de vieux. Je réagissais avec une mentalité de gamin quoi. Mais au début des années 80, le gros choc, le truc qui a tout changé d’une seconde à l’autre, c’est quand The Police a sorti Message in a Bottle, et l’introduction de cette chanson, ce son de guitare, je me suis dis « oulah, y’a un truc là, qu’est ce que c’est, qu’est-ce qu’il se passe ? », et en fait je suis immédiatement devenu un grand fan de Police. Dans la foulée, ils ont eu tout un tas de tubes, Walking on the Moon, Roxanne, qui a eu une deuxième vie, Don’t Stand So Close to Me, je me suis dit « woh purée, la musique c’est génial ! ». Et de fait, presque spontanément, qu’est-ce que j’ai eu pour Noël ? Je m’en souviens très bien, c’était en 1980, j’avais 13 ans, mes parents m’ont offert Highway to Hell et High Voltage de AC/DC. Je me souviens très bien : j’ai posé le vinyle de Highway to Hell sur ma platine, je l’ai écouté, et c’est la première fois de ma vie que dès que la chanson était terminée, je l’ai remise 5 ou 6 fois d’affilée. Première fois de ma vie que j’ai fait ça. Je suis devenu un grand fan d’AC/DC, j’ai essayé de récupérer tous les albums, et après je me suis mis au métal. Iron Maiden, Judas Priest, Def Leppard, plein de saxons, de groupes comme ça. Mais j’avais toujours aussi ce côté un peu pop. Pink Floyd j’ai toujours adoré aussi, Police, Dire Straits je m’y suis mis aussi, Genesis qui était énorme à l’époque. Au lycée on s’échangeait pas mal de vinyles à la récré, maintenant les élèves s’échangent autre chose.

Ça nous amène directement à 1985-1986, quand je suis arrivé à Rouen pour faire des études d’anglais. J’ai eu la chance, le privilège que mes parents me payent des cours de guitare. J’ai eu un excellent prof de guitare, qui faisait du jazz, je lui ai dit « voilà, ce que je voudrais faire c’est du Deep Purple, du Maiden, du AC/DC », et il a su tout de suite quoi faire de moi. Il m’a appris les bases de ce style de musique, le blues. La première fois que j’ai appris les gammes de blues, les plans, j’ai écouté la musique autant en temps que musicien qu’en temps que mélomane. Je me suis rendu compte que beaucoup de mes idoles utilisaient ces règles-là, ces outils-là, j’ai pas le choix, si je veux jouer comme ça je vais devoir apprendre par cœur. Après il m’a montré d’autres choses, puis encore d’autres choses, forcément il a de très grandes connaissances en tant que jazzman. A partir de là, suite à cette étincelle avec Police en 1979, ça a été un raz-de-marée au point d’en définir même ma propre personnalité. J’ai découvert et continué à apprendre apprendre apprendre, je me suis éloigné du métal, j’ai découvert le jazz, la musique indienne, où il y avait plein d’improvisations étranges, je me disais « mais qu’est-ce qu’ils foutent ? ». Je comprenais rien au début, mais finalement, c’était génial.

J’ai pris des cours pendant 2 ans et demi et arrêté parce que l’école a fermé. De 1989 jusqu’à aujourd’hui, j’ai appris tout le reste, en écoutant, lisant des tas de choses pendant des centaines d’heures, en pratiquant l’instrument pendant des centaines d’heures. J’ai toujours un amour pour cette musique là. Alors oui j’aime le rock, mais on y retrouve du blues, on y retrouve de la pop, c’est le rock au sens large du terme. Ça peut être heavy, comme très calme, comme planant… Toutes ces nuances-là, je pense qu’elles viennent des années 70, on les retrouve moins maintenant. Même si je connais, comme tout le monde, les tubes de Nirvana ou de Radiohead ou de Muse, même si c’est bien, je trouve pas cette espèce d’éclectisme qu’il y avait. J’aime une musique qui illustre une époque où j’étais qu’un gamin. C’est étonnant de me dire que c’est cette période-là qui me plaît le plus.

 

C’est vrai qu’aujourd’hui, tout ce qui va être plus rock/métal, c’est beaucoup plus underground, et peut-être moins accessible au grand public… ?

Non, je pense pas. Je pense que ce soit du métal, de l’underground… Je pense qu’au contraire il y en a trop. Il y a trop de tout. Il y a 10.000 candidats pour prendre ta place, tout le monde peut faire de la musique chez soi et faire son petit CD. Du coup, le public, qui est parfois aussi le musicien, ne sait plus où donner de l’oreille et je pense que le cerveau est limité pour encaisser tout ça. Parfois il arrive qu’on présente un groupe, qui est génial, et je regarde l’année de parution, « ça a déjà 10 ans, je connaissais pas… ». Il y a beaucoup, beaucoup de groupes comme ça, c’est vachement difficile de percer maintenant tellement il y a de gens qui font de la musique. Regardez ce qu’on vous propose dans les bacs à la Fnac ou en ligne. Il y a beaucoup trop de groupes, de produits, c’est décourageant. J’ai toujours eu l’impression d’avoir attrapé la queue d’une comète. J’ai eu du pot, j’ai juste touché la fin.

Exclu photo : Squid et les chevilles de Tenta

Exclu photo : de la vraie guitare jouée derrière la tête, Squid et la cheville de Tenta

 

Vous avez prouvé maintes et maintes de fois que vous êtes un très bon guitariste qui aime faire le show, comment le public reçoit ça ?

Faire le show… A cause de mon opulence, je peux pas bondir non plus, ou je ferais des dégâts…

C’est quand même pas souvent qu’on voit jouer de la guitare avec les dents !

Oh, je le fais très mal. Et puis faut dé-diaboliser ça en fait, c’est la langue qu’on utilise. C’est vrai, c’est un muscle, et c’est très sensuel quelque part, mais c’est vrai. Jouer derrière la tête comme Jimi Hendrix par contre, c’est facile quand vous connaissez par cœur vos gammes et vos accords, c’est dans la tête et pas dans le manche.

 

Pour faire plaisir au grand Patron, le mot de la fin ?

Bah le mot de la fin : fin.

 

 

Retrouvez prochainement l’interview en intégrale sur notre soundcloud et le livereport de la soirée ici-même!

Merci à M. Queruel pour nous avoir accorder cette interview et pour cette soirée, même si on lui en veut presque un peu pour Comfortably Numb, parce que c’est pas gentil d’émouvoir des jeunes filles comme ça sans prévenir.

 

Je te vois lire le titre et te demander qu’est-ce que c’est que ce titre si ce n’est celui d’un album de post-rock chelou. Bah ça n’a rien à voir, aujourd’hui on te parle de photo.

Zeineb Henchiri sera psychologue dans quelques mois, et présente actuellement sa première expo à l’INSA. Knot! ou la perversion du double-lien, c’est une photographe, 6 modèles, et 29 photos en noir et blanc pour s’interroger sur le ressenti personnel d’un patient schizophrène, notamment son rapport au corps.

Tenta et moi l’avons questionné sur sa source principale d’inspiration, Chronique d’un discours schizophrène, son travail pour Knot!, et son parcours, de reporter photo pendant la révolution tunisienne jusqu’à ce projet.

 

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Peux-tu nous parler de toi, de ton parcours et de comment tu es arrivée à cette expo ?

Je suis photographe depuis plus de 6 ans, mais c’est vraiment une passion, ça n’a jamais été une activité principale. J’ai un parcours universitaire tout à fait autre que la photo (je suis en psycho). J’ai fait partie de plusieurs ateliers photo et club, et petit à petit je me suis retrouvée dans le « circuit » des photographes, mais je n’ai jamais été professionnelle. J’ai jamais travaillé en tant que photographe.

Cette année, j’ai été dans un atelier de photo avec Isabelle Lebon, où on a travaillé sur la correspondance entre la photo et d’autres formes d’arts. Ce projet est venu un peu comme une évidence, car l’histoire dont je me suis inspirée, je la connais depuis très très longtemps. C’est le témoignage d’un patient schizophrène, qui a été retranscrit dans un livre, Chronique d’un discours schizophrène. J’ai travaillé sur leurs vrais témoignages de ce patient à travers la photo, parce que déjà ça n’avait jamais été fait (pas la schizophrénie, mais pour ce témoignage) adapté au cinéma et au théâtre mais jamais en photo. Le but de l’expo est finalement de retranscrire le ressenti du personnage.

Doit-on voir un lien entre le thème de cette expo et ton parcours universitaire?

Inconsciemment, on peut forcément retrouver un lien, mais je cherche pas dut tout à enseigner aux autres ce qu’est la schizophrénie, ou à représenter le schizophrène et la schizophrénie en tant que tels. C’est juste mon point de vue, un travail purement artistique qui n’a rien à voir avec la psychologie ou le fait que je sois psychologue, même si bien sûr je m’intéresse à ce sujet parce que je suis sensible à ces problématiques.

Ton rapport avec le support original, du coup. Comme tu l’as dit, c’est un bouquin adapté en pièce de théâtre et au cinéma. Tu t’es plus basée sur le livre ou tu as pioché dans les autres médias?

Forcément, je m’en suis inspirée, peut-être pas directement, mais la pièce de théâtre je l’ai vue quand j’avais 10 ans. Je l’ai revue après une autre fois, le film je l’ai revu énormément de fois, c’est devenu presque une obsession à un moment. J’en garde des image, quand je relis le livre ou les extraits j’ai l’image du personnage, de toute façon je connais pas la vraie personne. J’ai l’image du comédien, de l’acteur, donc forcément je me suis inspirée de ça, de la représentation du témoignage de cet acteur, pas du témoignage réel. Parce que finalement, même la transcription a été faite 10 ans après la vraie histoire. C’est la thérapeute qui a écrit ce livre, 10 ans après avoir rencontré ce patient. Donc forcément, il y a énormément de choses qui ont changé, on ne parle plus du « vrai » témoignage mais de la représentation, présentée de différentes manières.

Photo du vernissage, 12 mai 2015

Photo du vernissage, 12 mai 2015

Tu mets en scène plusieurs modèles. Comment s’est fait le choix et comment s’est articulé le travail? Quelle place ont-ils eu dans ce projet?

J’ai pas cherché très très loin. Ce sont des gens que je connais, que je fréquente, peut-être pas quotidiennement, mais ce sont des amis, des connaissances. Ce sont des gens que je vois. Et du coup, la préparation était un peu compliquée parce que je ne savais pas du tout comment représenter ce témoignage. J’avais pas en tête les poses, j’avais pas en tête le cadrage, les accessoires. L’image ne s’est pas imposée. Du coup j’ai essayé de travailler avec chaque modèle de manière indépendante et unique. Avec chaque personne, on essayait de rentrer dans le personnage, c’était presque une construction de personnage. On peut presque parler de « théâtralisation », parce que chaque personne réagissait différemment face aux extraits, au témoignage, à la thématique. Il y en a à qui ça parle, d’autres à qui ça ne parle pas du tout. Il y a des étudiants en psycho, des gens qui ont fréquenté des schizophrènes, et d’autres qui n’en ont jamais, jamais vu de leur vie, qui n’ont que la représentation qu’on s’en fait. Du coup ça a été assez compliqué, surtout qu’au début je n’avais pas du tout de trame, de fil conducteur entre les différentes photos, je ne savais pas ce que je faisais réellement. Au fil du temps, ça a pris vraiment une autre forme, celle que l’on peut voir aujourd’hui à l’expo. Et puis les photos que j’avais prises au début ne ressemblent pas du tout aux autres, ça a vraiment été une réflexion, un cheminement avec les modèles.

Tu disais que tu as travaillé avec d’autres étudiants de psycho, qui ont donc déjà un rapport particulier à la schizophrénie. Est-ce que tu leur as donné accès au support original, en leur prêtant le bouquin ou en leur montrant le film, ou t’es tu contentée de leur montrer des extraits (dont certains font partie intégrante de l’expo) pour leur présenter le thème avant d’enquiller sur le shooting?

Alors je ne leur ai pas prêté le livre, on en a peut-être parlé le jour même, avec presque tous les modèles. Je voulais pas qu’ils se collent au personnage, au témoignage, parce que c’est pas le but. Le but n’est pas de dire « bah voilà, c’est N. (le nom du personnage dans le livre), qui est sur toutes les images ». C’est pas du tout le but de l’expo. C’était vraiment de travailler sur le témoignage, le prendre comme support au début, puis essayer de faire autrez chose derrière, de ressentir ce qu’il a pu ressentir, mais tout en restant soi-même. Je cherchais pas du tout une représentation du personnage, donc on a juste lu quelques extraits, peut-être pas avec tout le monde, ça dépendait de la personne, comment elle se sentait. C’était un peu compliqué, il faut me faire confiance, on est pas vraiment à l’aise. Le début des séances photos, c’était tout le temps un peu bizarre, parce que personne n’était à l’aise, moi je savais pas où me mettre, le modèle il savait pas où se mettre, il savait pas quoi faire…

A cause du thème, ou parce que c’est des gens que tu connaissais?

Les 2, je pense. Déjà parce que moi, j’avais pas vraiment de trame, d’idée précise de la photo et je voulais pas en avoir, je voulais pas limiter la personne, lui dire « bah tu vas mettre ton bras comme ça, tu vas faire ci, tu vas faire ça » et c’est tout. Je voulais vraiment que ça soit assez dynamique, que la personne ressente réellement quelque chose, qu’il y ait une émotion authentique. Et puis c’est compliqué aussi parce que je les connaissais, parce qu’on savait pas vraiment quoi faire au début, puis petit à petit… Les séances photos prenaient quoi, une demi-journée, une journée pour certains, 2 jours pour d’autres. Ca a pris vraiment du temps, pas énormément, mais voilà, c’était pas vite fait.

D’ailleurs, certains modèles sont rentrés en transe, par moments. C’est un peu effrayant. Y’en a 2-3 qui sont partis un peu ailleurs, et il faut savoir gérer, savoir arrêter, faut pas non plus que ça déborde car ça arrive toujours à un moment, et on sait plus quoi faire de toute cette matière. C’est pas le but non plus.

Photo du vernissage, 12 mai 2015

Photo du vernissage, 12 mai 2015

Qu’est-ce que ce projet t’a apporté, humainement comme en photo?

Pas mal de choses, car mine de rien c’est le premier projet que je fais. Avant je faisais énormément, presque exclusivement du reportage. C’est le premier projet que je fais qui est réfléchi, y’a un rapport à la littérature, je me suis beaucoup inspirée et documentée avec des psychanalystes, pour ça qu’on parle aussi un peu de double-lien et de termes psychanalytiques. Enfin, pas qu’un peu. Il y a vraiment une réflexion et un cheminement pour arriver à l’expo, qui est ma première expo personnelle. C’est quand même assez important pour moi, et je considère qu’elle est pas finie. La réflexion derrière le sujet, elle est pas vraiment finie, il en faut plus. Et cette expo me confronte aussi à l’avis des autres, aux critiques, et je pense que ça, c’est hyper important pour continuer. Donc je pense continuer sur ce sujet, mais peut-être d’une autre manière.

Tu nous as parlé de reportages, qu’est-ce que tu as fait?

Alors, étant donné que je suis tunisienne, j’ai fait beaucoup de reportages sur la révolution, forcément. C’étaiot un peu le boom de tous les photographes tunisiens. Pendant 2 ans, on faisait du reportage sur les manifs. Avant ça, j’étais photographe officielle d’une biennale d’art contemporain, pendant 2 ans. J’ai couvert un peu toutes les manifestations culturelles, avec plusieurs photographes. A part ça, je suis journaliste dans un réseau de journalistes citoyens, le Pacte Tunisien. On fait du reportage sur des faits d’actualité. C’est pas quelque chose d’énorme, mais des petits sujets d’actualité, des petites choses qui se passent, répertoriés sur une plateforme.

Avec l’expérience que tu commences à avoir, tu n’envisages pas de te professionnaliser?

Si, justement! Après les études de psycho, que je finis cette année, je compte me professionnaliser en photo et peut-être joindre l’utile à l’agréable avec les 2 domaines, qui paraissent peut-être un peu éloignés mais on peut arriver à faire quelque chose. Des projets d’art-thérapie, des expos inspirées de psycho… La psychologie c’est tellement large finalement qu’on peut se mettre n’importe où, on servira toujours à quelque chose.

Des projets en tête?

Là tout de suite, sincèrement, j’en ai pas vraiment le temps. Mais je pense que je finis cette année, puis vraiment me consacrer à la photo. Là tout de suite, je vois pas le bout du tunnel! [Les M2 de psycho sont en pleine période de soutenances et fins de rédaction de mémoires]

Knot ! ou la perversion du double-lien, c’est jusqu’au 9 juin à l’INSA (Saint-Étienne du Rouvray), de 7h30 à 17h30. On ne peut que te conseiller d’y jeter un œil, ça vaut vraiment le coup ! Nul besoin d’avoir des notions de psychologie ou de psychanalyse pour l’apprécier, malgré ce que le titre pourrait laisser entendre. Les photos parlent d’elles-mêmes, parfois agrémentées d’extraits du livre pour associer la souffrance exprimée à l’écrit par le patient à l’image proposée par Zeineb et ses modèles. On est très, très loin de l’image qu’a le « grand public » de la schizophrénie, et de la maladie mentale en générale, avec les raccourcis ordinaires et l’incompréhension qu’elles suscitent. On est vraiment dans le domaine de l’émotion brute et de l’intime.

Interview en intégralité ICI, avec en bonus Tenta, qui raconte son expérience en tant que modèle dans ce projet.