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Le 5 février prochain, The Fourth is Bearded sortira son tout premier album. Nous avons eu le privilège de recevoir le bébé en avant-première.

Nb : Je parlerai ici de la version CD, sur laquelle figure Winter Sun en Bonus Track. En effet, par soucis de place sur le support, elle n’est pas disponible sur la version vinyle.

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Constat à la première écoute : des morceaux de 10 minutes, de la Delay, des parpaings, des sentiments. Les choses s’annoncent plutôt bien. On remarque aussi que l’album est divisé en deux grandes parties : la première est plutôt massive et énervée alors que la seconde, beaucoup plus atmosphérique, est ponctuée par de longues plages instrumentales typiquement post-rock.

[Teaser : https://vimeo.com/145112320]

Sleepless Night ouvre l’album proprement et efficacement. Assez répétitif et lancinant, on se retrouve immédiatement happé par la musique. On assiste à une superposition d’ambiances : tantôt, ce sont des riffs qui nous explosent au visage, tantôt on se noie sous une avalanche de delay saupoudrée de longs monologues parlés. La structure du morceau n’est pas sans nous faire penser à la manière dont Lost in Kiev structure ses compositions. Quoi qu’il en soit, le ton de l’album est donné : tristesse, souffrance, et autres joyeusetés.

Préparez-vous à sentir votre cœur se serrer et l’angoisse vous envahir. C’est le moment d’écouter His Eyes. Niveau composition, le groupe a joué la carte de la simplicité. En effet, ce morceau ne brille pas pour son originalité. Mais le travail vocal est tel que cela devient vite un détail. Impossible de ne pas être touché par ces intonations, cette voix presque cassante, qui donne une impression de profonde douleur et d’extrême fragilité.

End of an Era, seul morceau de moins de cinq minutes marque la fin de la première partie de l’album dont je parlais précédemment. Ici, The Fourth is Bearded a joué la carte de l’avalanchedeparpaingsdanstaface (oui, en un seul mot, parfaitement). C’est lourd, c’est violent, c’est direct, et ça fait du bien.

Puis vient notre Bonus Track, Winter Sun (le clip est juste au dessus, n’hésite pas à y jeter un coup d’oeil). Des plages instrumentales planantes, des samples, encore des plages instrumentales, un peu de chant pour agrémenter le tout. Je suis très curieuse de découvrir ce morceau en live !

Adixia (incontestablement mon gros coup de cœur de l’album) et Insomnia suivent à peu près le même chemin. L’agencement de la tracklist est judicieuse. En effet, on sent une réelle continuité entre ces trois morceau. De ce fait, difficile d’en écouter un sans avoir envie d’écouter les deux autres.

De manière générale, The Fourth is Bearded maîtrise l’art de créer de longs morceaux durant lesquels on ne s’ennuie pas. L’habile mélange de post-rock et de post-hardcore permet à l’auditeur d’explorer un riche panel d’émotions, bien que l’ambiance générale soit assez sombre. On appréciera particulièrement les longues plages instrumentales qui nous permettent de souffler et de prendre du recul sur ce que la musique nous procure.

On notera tout de même que le chant peut sembler un peu fort sur certains morceaux, notamment sur Sleepless Night, et que la batterie aurait gagné à être mise un peu plus en avant afin d’amplifier le côté massif des compositions axées post-hardcore.

Et si vous vous demandez ce que cela donne en live (Spoiler : ça déchire), vous pourrez retrouver The Fourth is Bearded à l’occasion de leur Release Party le 5 février au Havre, le 6 février à Caen, le 7 février à Paris (en compagnie de MIME que je vous recommande d’aller voir si vous en avez l’occasion) ou encore le 13 février à Rouen.

Vous pouvez retrouver l’album sur leur bandcamp.

Les habitués de la scène locale ont très certainement déjà entendu parler de Sounds Against Vultures. Pour les autres, faisons les présentations. SAV est un groupe havrais formé en 2010. C’est quatre ans plus tard que leur premier EP, Write your Pain, vit le jour. L’enregistrement, le mixage et le mastering sont signés Eric Docteur (Studio des Docks), et la très jolie pochette est l’œuvre de Wobadé (je vous conseille d’ailleurs vivement d’aller jeter un œil à son travail : http://wobade.com/). Le groupe évolue dans un univers teinté de Rock Noise, mêlé à quelques touches Hardcore.

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La première écoute est assez déroutante lorsque l’on a découvert le groupe en live. En effet, les compositions semblent plus posées, moins pêchues. Fort heureusement, cette impression est vite balayée après quelques écoutes. D’entrée, bien que les influences de SAV se font légèrement sentir (Neurosis, Fugazi, Noir Désir, Sleepers…), le groupe impose sa recette bien personnelle, difficile à assimiler à un genre ou à un groupe bien particulier. L’originalité est de mise !

C’est Write your Pain, morceau éponyme, qui introduit l’EP. Dès les premières secondes, SAV nous présente sa marque de fabrique : un savant mélange de riffs bien lourds, de mélodies entraînantes, et une voix transpirante d’émotions, sans jamais se vautrer dans l’excès. La structure de ce morceau reste assez classique, mais les variations sont suffisamment présentes pour permettre à l’auditeur de ne pas se lasser. On savoure particulièrement les plages instrumentales, et la manière dont les guitares semblent se faire plus discrètes sur les couplets, faisant ainsi de la voix un instrument à part entière, se mêlant harmonieusement à l’ensemble.

On enchaîne sur Naufragés. Ici, la voix semble légèrement plus en retrait et la mélodie plus enragée, rendant l’ambiance générale du morceau très pesante. Le sentiment de malaise s’accentue quand le chanteur troque son chant crié contre une voix claire, presque parlée. La structure est assez linéaire et répétitive, alimentant la sensation d’être prisonnier d’une spirale infernale dont il est difficile de s’extraire.

Bleeding vient nous sortir de là, à coup de « Wake up now ! ». Fini les ruminations, il faut que ça bouge ! Ce morceau bourré d’énergie, un peu plus léger, mais toujours aussi furieux nous fait sortir de notre torpeur, comme un coup de fouet qui nous rappelle à l’ordre. Belle manière de maintenir l’attention de l’auditeur !

Et puis, c’est tout naturellement que L’humanité succède à Bleeding. SAV semble être ici au sommet de son art, autant par la puissance des riffs que par la longueur des plages instrumentales très habilement agencées. A ce stade de l’EP, on commence à réaliser que l’ordonnancement des morceaux a été savamment pensé. Depuis le début, le groupe nous raconte une histoire, que chacun interprétera à sa guise.

Le temps passe vite quand on s’amuse. C’est déjà l’heure du majestueux Break, en guise de conclusion. La pression retombe un peu. Puis vient la montée en puissance. Ce morceau a tantôt une allures Prog, tantôt une allure Post-Rock. SAV met ici en avant sa capacité à bâtir quelque chose qui lui est propre en mélangeant des tonnes d’ingrédients qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres. Il faudra attendre la quatrième minute pour que le chanteur se manifeste, comme pour nous dire au revoir. Et le rideau tombe.

Cet EP est disponible à prix libre sur leur bandcamp, n’hésitez pas à le télécharger contre un petit quelque chose!

Deux ans après leur séparation, Altar of Plagues repart une dernière fois sur les routes européennes pour une tournée d’adieu, accompagnés par Malthusian.

  • Mòr [Black Metal, Rouen]

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Tenta : Aujourd’hui, c’est Mòr un groupe de Black Metal rouennais qui a l’opportunité d’ouvrir le bal. Du BM assez basique, toujours les mêmes riffs, des morceaux qui se suivent et se ressemblent, un groupe qui transpire l’apathie… Je n’ai pas réussi à définir si ce côté dissonant venait d’un problème technique ou si c’était la volonté du groupe, mais toujours est-il que ça ne fonctionnait pas. En revanche, j’ai pas mal apprécié la manière dont les musiciens sont répartis sur scène : le bassiste au premier plan, au milieu, tandis que le chanteur était sur le côté, un peu plus en retrait. Bien que cela soit de plus en plus courant, j’apprécie toujours ne pas avoir à chercher où le bassiste a été dissimulé. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait de leur second live, il serait donc injuste de se baser uniquement sur cette performance pour se faire une idée des capacités de Mòr, d’autant que la pression devait être importante.

Squid : Ce concert, c’était pour moi l’occasion de faire mes premiers pas dans l’univers du black metal. C’est un genre que je n’ai jamais vraiment écouté, mais Tenta ayant réussi à me mettre au post-rock, je me doutais que le BM serait la prochaine étape. C’est donc en grande novice que je vais mettre ma patte dans ce report, mais ce qui me rassure, c’est que mon ressenti est similaire à la copine connaisseuse. Donc, on parlait de Mòr. Je n’ai pas été du tout, mais alors du tout, séduite par cette performance. J’avais l’impression désagréable d’entendre toujours la même chose, et la dissonance évoquée par Tenta était aussi l’un de mes problèmes principaux. Pour l’anecdote, nous étions 3 à ce concert, et aucun de nous 3 n’a réussi à dire si c’était volontaire ou un problème technique, ce qui est généralement assez mauvais signe. Anybref, une redondance musicale qui m’a laissée froide, même si je n’ai pas vraiment de reproches sur la technique. Peut-être aurais-je l’occasion de les revoir jouer plus tard, quand ils seront plus expérimentés, pour vanter leurs progrès. Après tout, une deuxième scène en ouvrant pour Altar of Plagues, c’était sûrement un défi.

  • Malthusian [Black/Death Metal, Irlande]

Tenta : Puis c’est au tour de Malthusian. Mon dieu cette claque ! Du Black/Death puissant et groovy, sans pour autant tomber dans le cliché du « grométal décérébré », un jeu calé, des interludes qui sentent le drone, un groupe qui a la patate, bref, que du bonheur. Dommage que l’ingé son ait fait un petit peu n’importe quoi avec le micro d’un des chanteurs, que l’on entendait à peine. Et en parlant des chanteurs : ils sont trois (seul le batteur n’a pas de micro), dans trois registres de voix différents (si tant est que l’on puisse parler de registre de voix dans ce genre musical). Autant vous dire qu’en live, ça fait son petit effet.

Squid : Irlandais également, Malthusian suit Altar of Plagues pour leur tournée européenne avec seulement une démo et un EP sorti très récemment. Autant dire que découvrir la scène européenne avec de tels collègues, c’est une opportunité en or. D’abord interloquée par la présence des 3 micros (parce qu’étant un gros bébé dans ce milieu, j’avais encore jamais vu ça), j’ai vite compris pourquoi ils avaient été choisis pour cette tournée. De l’énergie à revendre, une technique irréprochable, on chope le sourire devant la grosse beigne que Malthusian te colle en pleine tronche. Parfois planant, toujours aussi pêchu, ce set m’a ambiancé la tête bien plus que ce que j’espérais. Groupe dont la carrière est assurément à suivre!

  • Altar of Plagues [Post-Black Metal, Irlande]

SET-LIST : Mills, God Alone, Neptune is Dead, A Remedy and a Fever, Scald Scar of Water, Feather and Bone.

Tenta : Enfin, Altar of Plagues, que l’on attendait tous, entre en scène. Je m’attendais à quelque chose d’intense, connaissant le groupe depuis pas mal de temps. Mais je n’aurais jamais pensé être aussi remuée. Mills, comme un coup de poignard, nous souhaite la bienvenue. On suffoque, tout disparaît autour de nous. Seule la musique subsiste. Et c’est ainsi que l’on commence à se faire balader, morceau par morceau, dans un univers qui prend racine dans les tréfonds de notre âme et qui s’étend au delà de notre imagination. La setlist semble d’ailleurs agencée dans ce but : d’abord, l’oppression, puis, doucement, on progresse vers des morceaux ponctuellement plus aériens. Alors on ferme les yeux, et on s’envole. Niveau technique, le son est propre, les musiciens maîtrisent parfaitement ce qu’ils font (l’agilité du batteur m’a laissée bouche bée plus d’une fois), le chanteur a un charisme impressionnant qui accentue le malaise provoqué par la musique. J’ai réellement eu l’impression de redécouvrir le groupe, notamment sur Scald Scar of Water. Ce morceau, encore plus que tous les autres, prend tellement d’ampleur en live !

Squid : Quelle chance pour moi de découvrir ce groupe sur scène, et quelle tristesse quand on sait que ce sera la première et dernière fois que je les vois live! L’écoute préliminaire de leur dernier album, Teethed Glory & Injury, m’avait laissé agréablement surprise, et surtout curieuse. Autant dire qu’il a pris une toute autre ampleur après ce concert, et que c’est presque avec un pincement au cœur que je l’écoute aujourd’hui, en essayant de retrouver les frissons que les morceaux m’ont procuré en salle. Du début à la fin, j’ai plané. Complètement. L’intégralité du set m’a pris bien au fond des tripes. J’hésitais à en profiter les yeux fermés pour me laisser bercer par le son, ou ouverts pour admirer le charisme incroyable du groupe. Je suis passée par plusieurs émotions avec une fluidité et un naturel déconcertants, de l’angoisse, distillée de main de maître, comme un cocon poisseux qui m’entourait la gorge, à un état quasi hypnotique causé par les envolées plus douces, mais toujours aussi percutantes, qui m’ont emmenée très, très loin dans ma tête. On en veut plus, on tremble à l’idée que la musique s’arrête, qu’Altar of Plagues relâche son étreinte et te renvoie sur terre. Cette performance, tellement intense, valait à elle seule le déplacement. Je suis tellement contente d’avoir pu vivre leur musique en live, t’as pas idée.

 

Quand l’Irlande s’invite sur nos terres pour y faire jouer des groupes comme Malthusian ou Altar of Plagues, c’est la promesse d’un concert dont on ne sera pas déçu ! Le vrai gros point noir, c’est la longueur des sets : environ 20 minutes pour Mòr, à peine plus pour Malthusian, et 45 minutes pour Altar of Plagues. Malheureusement, les groupes doivent jongler avec les contraintes horaires imposées par les salles, surtout lorsqu’il s’agit de pubs comme le Mc Daid’s. Les contraintes de la scène underground, en somme.